bumbu & cie

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L’été n’est pas encore si loin, saison propice aux changements où l’on essaye de nouvelles choses avec le secret espoir de la découverte. Et bonne nouvelle, il sera ci-dessous question de découvertes ; pas forcément des meilleures, mais tout comme il est intéressant de parler de bonnes choses, il l’est tout autant de parler des moins bonnes, et même des mauvaises. C’est là tout l’intérêt de donner son avis ; et si tout est bon, à quoi bon ? Aujourd’hui cela démontrera surtout que l’habit ne fait pas le moine, ni le bon rhum d’ailleurs.

 

 

 

 

Bumbu Rum / 35°

Proposé et vendu comme « rhum artisanal entièrement naturel », distillé (chez WIRD – The West Indies Rum Company) et embouteillé à la Barbade « avec l’eau la plus pure du monde », il s’agit d’un assemblage qui tire « ses origines de 8 pays au cœur desquels les cannes à sucre ont été méticuleusement choisies : Barbade, Brésil, Costa Rica, République Dominicaine, Salvador, Guyane et Honduras », reprenant une soi disant « recette historique des premiers rhums épicés, chers à la Caraïbe » (une recette originale du 16 et 17eme siècle tout de même). WIRD aurait donc distillé indépendamment 8 mélasses de provenance différente, sérieusement? Ajoutez que le blend est vieilli jusque 15 ans (ça reste un rhum NAS, No Age Statement en ‘absence’ d’info sur la bouteille), pour un prix « dérisoire » de 40€ . Il s’agit en fait d’un rhum épicé, mais ni le site ni la bouteille (exceptée finalement la contre étiquette) ne l’indique très clairement.

Un problème se pose cependant, embouteillé à 35° il ne peut s’agir de rhum (légalement, car en dessous de 37,5°). Bumbu est pourtant vendu en Europe (et donc en France) chez vos cavistes et boutiques en lignes préférées en tant que rhum en toute impunité et à l’encontre de la réglementation. Mesuré à 26,3° ce rhum contient  plus de 27 grammes de sucre par litre.

Il s’agit donc d’une marque de spicy  avec une belle histoire inventée de toute pièce, et comble de la bêtise cette page : http://www.bumbu.com/countries.php , qui vous donne des arômes selon la provenance de la canne à sucre (oui oui) : on y apprend par exemple que la canne de Dominique républicaine révèle des notes de vanille, celles de Belize du café, ou encore des notes d’orange et de cannelle pour celle du Honduras. Bref, un beau ramassis de bêtises qui ne manquera pas d’amuser (ou de faire pleurer). Passons à la dégustation, qui sait.


La robe est ambré chocolat tirant sur le caramel, grasse et aux jambes assez énormes.
Au nez, ça sent la glace à la banane avec un épais coulis de caramel, la banane écrasée, la vanille et la cannelle ; que des choses douces et agréables, avec un nez très (très) artificiel. Si on se réfère à leur page des arômes de la canne, cela doit sûrement venir de la canne qui pusse à la Barbade (sic). Pas de bois, pas de peps, et vraiment beaucoup, beaucoup de banane, et une odeur de pâte à gâteau qui prend le pas sur tout le reste (pâte à gâteau à la banane bien sûr, on sentirait presque la levure chimique qui va avec).

En bouche, c’est très doux, très (trop) sucré, sec avec un gros sirop de sucre, de la vanille en pagaille (en mode chimique), de l’orange et vraiment trop de sucre jusqu’à écœurement,de la cannelle. On cherche le rhum ou même l’alcool, mais on arrête assez vite puisque l’écœurement gagne trop de terrain. La fin de bouche est inexistante, sucrée et sèche.

Un rhum arrangé à la pâte de gâteau crue. Une liqueur plutôt qu’un rhum, très artificiel et sucré, sans grand intérêt, ni sec et encore moins mélangé. Reste la bouteille. Mais ça ressemble à tout sauf à un rhum vieilli, alors du 15 ans là-dedans? sérieusement? Note : 20

Pour 40€ vous feriez mieux de vous acheter une belle carafe à Casa et de faire un arrangé maison. Et voulue ou non, une rapide recherche sur la signification du nom Bumbu sur google montre qu’il signifie en indonésien « assaisonnement » (re sic).

 

 


 

 

Naga Rum / 38°

Produit au nord de l’Île de Java « selon un procédé ancestral de distillation asiatique : la fermentation de la mélasse est boostée par l’ajout de levure de riz rouge javanais malté. « . On apprend qu’il s’agit d’un assemblage de rhums élevés « jusqu’à 7 ans : 52% en « Old Indonesian Pot Stills » à 65% et 48% en colonnes à 92% ». Le vieillissement se passe dans des fûts de bois exotique local : le jati, puis en fûts de Bourbon. Plutôt très alléchant sur le papier.

 

Robe cuivrée, ambré soutenu, très grasse et comme liquoreuse d’aspect (un présage?).
Au nez, c’est très doux et très rond, sur le sucre roux, le caramel et les épices (cannelle, gingembre) et de la fève de cacao. Arrive du miel pour un ensemble ultra facile et très simple, très sucré au nez et pas complexe pour un sou ; un peu de café avec le repos, mais si doux que ça laisse présager le pire pour la suite malheureusement, en mode liqueur.

En bouche, c’est en effet excessivement doux, liquoreux, sur un sucre roux, non raffiné, et une mixture faisant plus penser à du bonbon au zan fondu (littéralement) et des épices. Assez étrange avec des allures de spicy plus que de rhum (spicy au zan), et surtout pas grand chose à voir (du tout) avec un alcool vieilli. La fin de bouche est ultra courte, sucrée et sèche, cassée, laissant échapper des notes de sucre roux et d’épices (et encore).

Une bouteille noire ne suffit pas, ni même de belles promesses sur le papier : comment sortir quelque chose d’aussi plat et sucré avec un cahier des charges aussi intéressant? C’est vraiment à perdre espoir dans ces « nouveaux produits du monde » qui ne s’assument pas, car il s’agit bien d’un spicy, ni plus ni moins: mesuré à 31,7° il y a ici aussi plus de 22 gramme de sucre par litre, et toujours aucune indication quant à l’éventualité qu’il s’agirait d’une boisson à base de rhum… Note: 35

 

 

A qui pourraient bien plaire ces deux rhums ? sûrement à l’amateur de vodka blasé en recherche de ‘saveurs’ exotiques, de vanille et avouons-le pas très regardant sur la qualité. Et non, ce n’est sans doute pas ce genre de produit qui amènera un néophyte à s’intéresser plus sérieusement au rhum, n’en déplaise à certains.

 

 

Pacto Navio / 40°

Nous en avons déjà longuement parlé ici, il s’agit d’un rhum cubain (du Havana Club) en partie ‘achevé’ en fûts de Sauternes, avec du Sauternes dedans, et la marque affiche même 20g/L de sucre dans sa com’ (en comparant ce taux à ceux de concurrents, sic).

Le plus marrant (surprenant?) c’est que mesuré à 36,5 au lieu de 40° je n’ai trouvé ‘que’ 15g/L.

 

La robe est ambrée, bronze, et le rhum très gras en apparence.
Au nez, c’est très doux et sucré, et l’affinage ne laisse place à aucun doute: vanille, fruits secs (du raisin et de la banane) et caramel mou, du miel. Cela a beau être très doux on sent quand même l’alcool et on est clairement sur un rhum cubain, ultra léger auquel le Sauternes apporte une gourmandise non négligeable, un maquillage adéquat en quelque sorte. Du citron et un nez marmelade.

En bouche, c’est très doux et sucré, mielleux avec la touche Sauternes encore plus présente : raisin et fruits confits en mode gâteau, toujours accompagnés de sa crème anglaise (vanille) et  de caramel. Dit comme ça cela peut paraître écœurant, mais pas tant que ça (comparé aux même rhums du genre), et l’effet Sauternes apporte une petite touche vineuse qui permet d’échapper au pire, et des épices grillées plutôt sympathiques. Chaud et mielleux. La fin de bouche ne marquera pas vraiment, surtout axée sur la vanille et le caramel, réchauffée d’épices grillées.

On attend rien de ce rhum, du coup il semble assez correct et c’est peut-être sa plus grande réussite. Si vous êtes amateur de rhum très doux il fera le boulot certainement mieux que les autres, sucré mais moins écœurant que beaucoup et très facile à boire ; et nettement meilleur que les deux machins du dessus! Pour ceux qui ne sont ni ron ni édulcoration, courrez et ne vous retournez surtout pas. Note: 73

 

 


 

 

La Hechicera / 40°

Voilà un rhum fait en Colombie, vieilli selon la méthode solera avec un âge hypothétique compris « entre 12 et 21 ans ». La Hechicera est aussi la seule compagnie familiale qui a trait au rhum en Colombie avec la petite Bodega Casa Santana située au cœur de Barranquilla, qui fait vieillir et assemble « les meilleurs rhums » en Colombie depuis plus de 20 ans.

Et chose plutôt rare pour le signaler, il n’y a pas de poudre à perlimpinpin dans la bouteille, ce que la marque ne manque pas de très justement signaler sur leur site :

« LA HECHICERA is a naturally ‘unpolished’ rum, which means it has not been rounded up with additives or sugar, its smoothness and flavour are the result of the noble wood it is aged in. This is the traditional way of making rum that does not require any polishing or ‘finishing’, any additive would only opaque its innate brilliance. »

 

La robe est ambrée, aux reflets cuivrés et aux larmes épaisses et lentes.
Au nez le rhum est plutôt âcre et gourmand, chocolaté et crémeux, avec du café et de la vanille/du caramel, de la prune et des fruits bien mûrs (banane, abricots). On y trouve aussi un côté végétal (feuille de menthe, eucalyptus) et du zeste d’orange. un nez plutôt agréable et léger, gourmand (tarte à l’abricot)  et ô miracle qui ne fait pas trop sucré. Un must have pour les amateurs de Ron.

L’attaque est douce, très légère, sur les fruits secs (prune), la marmelade d’orange et le chocolat amer, le tout vanillé (bois/fût) et épicé (cannelle, poivre). Un peu d’amertume (feuille de thé, herbe) pour une bouche agréable et pas très sucrée, ce qui est une agréable surprise, surtout que le résultat est bien là. La finale est moyennement longue, sur les épices et un côté poivré qui s’installe progressivement, et qui reste. Un peu sèche sur la fin mais une belle expérience de bout en bout.
Ce n’est pas le rhum du siècle, mais c’est un très beau ron et c’est à signaler, sans artifice et qui pourra même plaire à ceux qui les fuient habituellement. Note: 82

90 et + : rhum exceptionnel et unique, c’est le must du must
entre 85 et 89 : rhum très recommandé, avec ce petit quelque chose qui fait la différence
entre 80 et 84 : rhum recommandable
75-79 POINTS : au-dessus de la moyenne
70-74 POINTS : dans la moyenne basse
moins de 70 : pas très bon
Comments
3 Responses to “bumbu & cie”
  1. Gift dit :

    Merci beaucoup
    Je vais essayer de me procurer ce La Hechicera!

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  2. Gary Golo dit :

    J’étais de passage en Colombie cet été, j’en ai profité pour gouter 2-3 (4-5-6) petites choses.

    Dans le même registre que la Hechicera, le Ron Parce 12 est à tester (médaille d’or machin truc, donc forcément c’était le ron à la mode la bas). Après redégustation avec moins de verres au compteur le final est un peu sec mais l’attaque est plus subtils (plus sur des notes citronnées).
    Après ils distillaient à Panama, et ils ont rapatrié la distillation en Colombie. Je ne sais pas si j’ai bu les mêmes batchs, ni si ça a une grosse incidence sur le résultat final.

    Globalement, c’est 2 rares rons qui me plaisent car pas trop sucrés.
    Maintenant l’écueil des rhum premium en Colombie, c’est que c’est un peu cher pour ce que c’est…

    Pas eu l’occasion de gouter le Dictador car pas dispo partout en Colombie, ni le Coloma qui a bonne presse (mais peu de notes de dégustation complètes) et qui est beaucoup plus abordable.

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