Karukera

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Karukera | côté historique

Souvent considérée comme la marque export de Longueteau, Karukera est une entité distincte qui se situe aussi à Sainte-Marie en Guadeloupe sur le domaine du Marquisat de Sainte-Marie. En 2005 François Longueteau rachète à son père le domaine agricole du Marquisat de Sainte-Marie et la distillerie Espérance, avec la volonté de maintenir l’héritage familial et de continuer à produire du rhum sous le patronyme Longueteau ; l’année suivante Grégoire Hayot crée en partenariat avec F. Longueteau la société Marquisat de Sainte-Marie dont le nom commercial est Karukera avec l’objectif affiché de valoriser le rhum de coulage du domaine en élevant des rhums vieux.

Ainsi le 2 novembre 2006, Karukera réalise sa première mise en vieillissement à partir du distillat de Longueteau avec 87 fûts de 310 litres fournis par Seguin Moreau. En 2007, Karukera fait construire son chai (Longueteau n’en possédera un que bien plus tard), lequel comprend une zone de vieillissement, un atelier pour l’affinage du rhum blanc, un atelier de conditionnement, des zones de stockage, un laboratoire ainsi qu’une zone d’accueil touristique et une boutique commune à toutes les productions du Domaine: celle de Longueteau et celle de Karukera. Depuis ce jour, Karukera met en vieillissement chaque année l’équivalent de 15.000 à 20.000 litres d’alcool pur distillé à partir des cannes du domaine, principalement en ex-fût de Cognac, à un titre alcoolique variant entre 52% et 62%.

Dans l’attente de maturité de ses rhums vieux, et afin d’initier l’activité, Karukera commence par proposer un rhum blanc « Canne bleue » élevé dans son chai à partir du rhum de coulage de la distillerie Longueteau. Puis dès 2008, Karukera propose des sélections confidentielles d’autres confrères : les millésimes 1995 et 1997 d’abord, faits d’assemblage de rhums pur jus et de mélasse en provenance d’une distillerie de Guadeloupe, mais aussi des rhums de 1999, 2000 et 2004, cette fois 100% pur jus et tirant leur origine en Martinique, tout comme la cuvée Christophe Colomb. Certains font l’objet d’une remise en vieillissement et d’un affinage particulier : le 2000 est affiné dans un fût unique ayant contenu un premier cru de Sauternes, alors que le millésime 2004 est élevé dans 5 ex-fûts de Cognac et embouteillé fût par fût en 2012. De ces rhums vieux acquis auprès de confrères éleveurs, il ne reste aujourd’hui qu’un seul fût du millésime 2000. Le rhum vieux de Karukera ainsi que la Réserve Spéciale suivront le même parcours : d’abord, assemblés à partir de rhums acquis auprès d’autres producteurs, ils deviendront des rhums du domaine à partir de 2011.

Karukera | un rhum 100% terroir du domaine du Marquisat

Aujourd’hui, après 10 ans d’exercice, Karukera peut enfin sortir ses tout premiers rhums millésimés issus du Domaine du Marquisat de Sainte-Marie. C’est ainsi que l’on a vu arriver en cette année 2016 deux millésimes : L’Expression 2008 vieilli en fût neuf de chêne français, embouteillé à son degré naturel avec notamment une série limitée à 1500 bouteilles sorties à l’occasion des 60 ans de LMDW (et une autre pour la Guadeloupe et l’export), et le Select Casks 2009, vieilli en fûts de Cognac. L’étiquetage affiche pour l’occasion un fier « 100% terroir du domaine de Sainte-Marie », avec toujours cette idée forte de mettre en avant l’origine du rhum. Le premier millésime historique de Karukera restera pourtant le 2006, date de création de la société, qui sortira à l’occasion d’une cuvée particulière par Velier et Luca Gargano, tombé sous le charme lors d’une visite. Dans leur catalogue, Karukera propose aussi L’Intense, un rhum blanc de bouche à fort degré (60,3°) issu de Canne Bleue et ayant subi un affinage de 42 semaines, dont nous reparlerons à l’occasion d’un autre article…

 

 


 

Karukera 2008 / 48,1°

Il s’agit de la version Guadeloupe, qui diffère quelque peu de la version LMDW (proposé à 48,4°). Il s’agit du premier millésime élevé à partir du coulage à la distillerie Espérance jusqu’à sa maturité dans les chais de Grégoire Hayot et Karukera. Âgé de 8 ans, le rhum est proposé brut de fût et non filtré à froid.

 

La robe de ce rhum est d’un bel acajou, tirant sur un bronze intense avec des reflets cuivrés. Un disque en surface participe à l’ambiance rassurante et lourde de ce rhum d’où la paroi dessine déjà de langoureuses larmes nonchalantes et assez fières.

Au nez, nous avons un rhum très riche à la fois très classieux et gourmand : la canne se mélange harmonieusement à des notes confites d’orange, d’abricot caramélisé, de raisin, avec un boisé vanillé très fin et excessivement bien maitrisé, ainsi qu’une note minérale (terreuse) qui relève la palette et lui donne une belle dimension. Un nez très complexe qui oscille entre exotisme et minéralité, gourmandise et fraicheur, avec une facilité déconcertante, très séduisant. Le repos apporte une banane mature, des notes de bonbons à la violette et des épices fraiches (cardamome) puis il passe à un profil plus sombre (réglisse, muscade), et plus le temps passe plus le rhum devient noir, sur la réglisse et du tabac brun, et propose une toute autre palette aromatique. Un rhum très intéressant et fringant, qui passe d’un profil exotique et lumineux à un côté plus sombre et empyreumatique, tout en restant gourmand (cacao, fruits confits). Un nez multi-directionnel avec lequel le temps semble s’arrêter, à faire respirer pour encore plus de plaisir.

En bouche l’attaque est suave et concentrée, plutôt sèche et huileuse (l’alcool est très bien intégré), mélangeant un boisé très classieux à des notes salines (minérales), des fruits confits (abricot) et des agrumes acidulés (oranges). On retrouve aussi des notes plus sombres de réglisse, de tabac et d’épices (poivre, cannelle), et quelle fraicheur! C’est tonique, sombre et épicé, très bien maitrisé et surtout fondu et électrisé par une note fraiche et vivifiante, mixant minéralité et agrumes pour un résultat du plus bel effet.

Et quelle complexité… l’intensité réussit le pari de de résister, et même de se prolonger et propose une magnifique sensation de plénitude rappelant de très vieux rhums. Entre minéralité et animalité, sans oublier l’exotisme redondant et gourmand et les épices qui apportent beaucoup de tenue, la fin de bouche est très longue et surtout persistante sur ces notes sombres et épicées, mais aussi mentholée et toute en fraicheur… et le rhum ne semble pas vouloir s’arrêter, délivrant cette fois une réglisse accompagnée d’une note de tabac saline (le tabac des marins). Le rhum restera très -très- longtemps en bouche.

8 ans et déjà très complexe et évolutif, voici un rhum avec lequel on ne s’ennuiera jamais, très bien maitrisé de bout en bout et sans faute apparente. Il évolue au gré des minutes délivrant des approches tantôt fruitées, minérales, végétales et empyreumatiques. Et dans un vrai bel équilibre qui fera sûrement des jaloux… On attend la suite avec grande impatience. Un travail d’orfèvre rappelant un petit quelque chose de très vieux Cognac. Note: 89.5

 

 


Karukera Select Casks 2009 / 45°

Second millésime à sortir de chez Karukera, toujours à partir du distillat de François Longueteau ; issu de l’assemblage de rhums provenant de 14 fûts de chêne (ex-Cognac de 350 litres), il s’agit d’une petite cuvée (small batch) embouteillée à son degré naturel et non filtrée à froid pour préserver tous les arômes.

 

Ambrée brillante, la robe est huileuse et très lumineuse, tirant sur l’or.

Au nez, nous avons un profil tout de suite très boisé et vanillé, fin et sec mais aussi sur un fruité opulent : on a l’impression de rentrer au cœur d’un fruit arrivé à maturité, de le voir fondre au moment même où on l’empoigne, allant jusque dans sa profondeur la plus intime, s’immisçant lentement jusque son cœur encore battant. De la mangue, de l’orange,  du coing, des fruits à chair jaune légèrement acidulée et sucrée, âcre mais vanillée, à bout de souffle mais avec suffisamment de reste -et de classe- pour s’exprimer avec clarté et fierté. Assez rapidement ce boisé très fin vient se fondre aux fruits non sans rappeler un vieux Cognac, avec quelques notes d’anis fraiches, d’épices chaleureuses (poivres, cannelle, gingembre), et dans une continuité torréfiée. L’alcool est relativement présent mais pas gênant.

La bouche est chaleureuse et très moelleuse, presque mielleuse même, concentrée, et rappelle une nouvelle fois cet exotisme mature et rompus, âcre acidulé et sucré. Le rhum accroche au palais, délicieusement, et évoque le souvenir d’une canne mature encore bien présente, mélangé à un boisé très présent et fier. C’est bien équilibré et fin, un peu plus épicé à mesure de la dégustation, avec toujours ce poivre qui prend le dessus, participant à créer une ambiance pleine et loin de l’ennui, de plus en plus torréfiée. La fin de bouche est relativement longue et plutôt sèche sur un boisé vanillé et des souvenirs de canne.

Un rhum une nouvelle fois bien maitrisé et sérieux, qui a pas mal en commun avec un cognac, et peut-être même trop d’influence au final. Peut-être un parti prie, mais bien exécuté. Note: 84

 

 

Deux rhums très intéressants avec une mention spéciale au 2008 qui est une totale réussite, et l’occasion unique de goûter les deux premiers millésimes travaillés par Karukera de A à Z, avec comme base le formidable rhum blanc de chez Longueteau. Le travail d’élevage montre ici son importance, ainsi que les différents fûts utilisés et leur chauffe. Vivement la suite…

90 et + : rhum exceptionnel et unique, c’est le must du must
entre 85 et 89 : rhum très recommandé, avec ce petit quelque chose qui fait la différence
entre 80 et 84 : rhum recommandable
75-79 POINTS : au-dessus de la moyenne
70-74 POINTS : dans la moyenne basse
moins de 70 : pas très bon
Comments
2 Responses to “Karukera”
  1. Cyril dit :

    Alors on tourne le dos 5 minutes et 4 rhums supplémentaires dégustés !! 😉

    Ce Karukera 2008 m’a l’air bien sympathique, mais bon, je vais d’abord dégusté mon Neisson 2007 LMDW/Vélier (reçu il y a peu) le 24… (pas sûr que j’attende minuit !)

    Passe de bonnes fêtes cyril 😉

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