Rhum Matugga

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Voici une marque qui sur le papier vend pas mal de rêve pour l’amateur en quête de produits authentiques, voyez par vous-même : un rhum produit à partir d’une mélasse originaire d’Afrique de l’Est (partiellement d’Ouganda) fermentée 7 jours durant et distillée trois fois en Angleterre dans de petits alambics en cuivre (pot still) d’une capacité de 200 litres. De quoi attiser la curiosité, et imaginer un rhum authentique et à la typicité nouvelle, un terroir lointain et excitant mis en valeur dans une distillerie artisanale en Angleterre.

Nous devons ce cahier des charges hyper pointu à la société Matugga Beverages qui a lancé l’année passée 2 expressions : un rhum Golden, plus ou moins vieilli (mais sans âge), et un rhum épicé, tous deux proposés à 42°. Le nom de la marque fait lui référence à un village situé à quelques kilomètres au nord de Kampala, la capitale de l’Ouganda.

Le rhum Matugga est fabriqué par la English Spirit Distillery, qui produit depuis 2009 différentes eaux-de-vie en petite série et en utilisant leur propre alambic en cuivre : Vodka, Gin et donc Rhum.


Matugga Golden Rum / 42°

Un « premium golden rum », sans aucune indication d’âge (et donc un nouveau No Age Statement). Seule information, le rhum a  vieilli dans des fûts de chêne anglais.

La robe est orangée, tirant sur le bronze (verdâtre), classieuse et brillante, aux jambes épaisses et gourmandes.
Au nez, après une première approche aux relents rances (moisissure) ça sent le gâteau (étonnant, oui je sais), et plus précisément le cake aux fruits, avec beaucoup, mais alors beaucoup de raisins secs et de sucre ; ou plutôt avec une odeur de raisin macéré dans un sirop de sucre hyper concentré. Rien qui ne fasse malheureusement très naturel au premier abord tellement le nez semble chimique. Beaucoup de cannelle aussi, de mélasse, de la banane, et au final un nez chaud et « gâteau » aux allure de spicy, vanillé, mais avec une réelle impression de « pré-fabriqué », au nez qui semble même collant.

En bouche, l’attaque est très douce et très sucrée, mielleuse, et devient rapidement assez acide et étrange ; la bouche se trouve comme cassée et donne une sensation pas très agréable, et surtout étrange : un sirop de sucre (concentré) se mélange à un arôme boisé brûlé et acide (pas fumé mais bien brûlé) ; on retrouve aussi les raisins et la cannelle, et ça devient très sec (ça assèche littéralement le palais, merci le sucre). Un rhum  à la viscosité très prononcée et excessivement sucrée, en tout cas assez pour retirer tout intérêt au rhum, qui d’ailleurs n’en a pas vraiment le goût ni même le souvenir. La fin de bouche est très sèche et sucrée, la vanille le caramel et la cannelle s’en donnent à cœur joie mais le mal est fait, et l’eau se fait déjà désirer.

Mesuré à une densité de 29,30 et affiché à 42°, le rhum contient la bagatelle de 45,7 grammes de sucre par litre…aucune surprise au vu de la dégustation préalable de ce ‘rhum’. Vous vous demanderez sûrement quel peut bien être l’intérêt de passer par une distillation en pot still si c’est pour gâcher avec du sucre? Matugga nous apporte un début de réponse en nous parlant de triple distillation, car le seul intérêt de re-distiller est de perdre aussi en arômes et composés non-alcools, et la firme anglaise réussit le pari de complétement anéantir un rhum en le rendant sûrement aussi neutre qu’un rhum issu d’une multicolonne (mais avec l’argument marketing et vendeur du pot still). Du gâchis car il aurait été sûrement possible d’apporter quelque chose. Note : 59

 

 


 

 

Matugga Spiced / 42°

Le même rhum mais « infusé dans un mélange de thé noir, gingembre, clou de girofle, vanille, cardamome et cannelle. » Étrangement, celui-ci est moins sucré que le Gold (41,7gr/L contre 45,7gr). Pas très amateur de ce genre de boisson au rhum, la description sera ici relativement succinct.

La robe de ce rhum épicé ne montre que très peu de différence avec le rhum précédent, et le liquide est aussi gras, ni plus, ni moins.
Le nez est sur ce même profil hyper collant et sucré (je vous invite pour la petite expérience à en verser un peu au creux de votre main, effet garanti), et ressemble à s’y méprendre au Matugga Golden.

En bouche par contre c’est encore autre chose: plus collant encore, mais moins écœurant. Il y a certes moins de sucre, mais les épices ont surtout la bonne idée de donner un peu de tenue au rhum, de lui donner de la vivacité et un peu de sens. C’est en ça un bon spicy qui plaira aux amateurs du genre. La fin de bouche est aussi plus longue, plus nerveuse sur les épices qui relèvent le niveau, lui donne de la tenue mais malheureusement pas suffisamment pour faire disparaitre la sensation d’asséchement générale donnée par le sucre (qui passe encore pour un rhum épicé). A essayer sur glace.

Au final, le spicy a plus d’intérêt que le Golden, car on y sent autre chose que du sucre et de la vanille, et surtout on s’y attend ; la bouche est plus « puissante » et longue.

 

 

Pas mal de belles promesses sur le papier mais au final une terrible désillusion.
Un énième cas qui montre tout le mal que peut faire le sucre, qui annihile complétement le rhum jusqu’à lui retirer toute identité et tout marqueur qui pourrait éventuellement relever une notion de terroir. A partir de là, on peut s’interroger sur l’intérêt même de jouer sur l’origine de la mélasse. Pourquoi faire au fond ? Et ne sommes-nous pas en droit d’exiger autre chose qu’une belle histoire?

La triple distillation peut assurément apporter quelque chose à une eau-de-vie, mais dans un autre contexte et sans la noyer dans le sucre. On a plus l’impression qu’ici le rhum a été épuisé jusqu’à le rendre aussi attractif qu’un rhum de multicolonnes, rendant fatalement l’édulcoration évidente, et nécessaire…

 

90 et + : rhum exceptionnel et unique, c’est le must du must
entre 85 et 89 : rhum très recommandé, avec ce petit quelque chose qui fait la différence
entre 80 et 84 : rhum recommandable
75-79 POINTS : au-dessus de la moyenne
70-74 POINTS : dans la moyenne basse
moins de 70 : pas très bon

 

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