Tour(s) de l’Or La Mauny

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Chantal Comte is back, qu’on se le dise. Après la sortie de deux blancs dont une cuvée caritative Caribaea et un La Tour de l’Or (une première dans la gamme en blanc), puis tout dernièrement un nouveau Fighting Spirit (un Gold dans un bouteille sérigraphiée en provenance de la distillerie du Simon), la dame nous revient avec deux sélections de rhums vieux :

Deux bruts de fûts sous l’étiquette de « La Tour de l’Or », en provenance de la distillerie La Mauny que nous dégusterons ici. L’article sera mise à jour dans les prochaines semaines avec une comparaison croisée du La Mauny millésime 2005 sélectionné et sorti en partenariat avec la Confrérie du Rhum.

Il est toujours très intéressant de constater que certains producteurs ouvrent leur chais aux sélections indépendantes ; c’est bien souvent une rare occasion de goûter des produits uniques, au degré naturel, et qui ne semble toujours pas être une priorité de la part des distilleries, ceci malgré la demande constante des consommateurs (enfin, plus des amateurs chevronnés et donc d’une minorité sur l’ensemble, soit).

 

 

 

 

 

Tour de l’Or La Mauny 2006 / 57,7°

Ce Millésime 2006 a vieilli 10 ans en fûts de chêne français sous la surveillance du Maître de Chai de la marque, Daniel Baudin. Il a été embouteillé à son degré naturel en avril 2017 à 2000 bouteilles.

Cette étape de maturation a été réalisée pour 20% dans des fûts neufs français et pour 80% dans des fûts ayant préalablement contenu du Cognac. A l’issue de ce procédé ultime, 12 mois de repos en cuve inox achèvent le « sommeil » de cet agricole AOC Martinique.

Et plus en détails encore, ont été utilisés :

20 % Fûts neufs français (Forêt de Tronçais)
80 % Fûts ayant contenu du Cognac.
Mise en vieillissement en fûts : 04/08/2006
Mise en bouteille : avril 2017
[ mesuré à 57,2°, 0 sucre ]

 


La robe est d’un ambré profond tirant sur un cuivre rougeoyant et brillant. Grasse, elle laisse apparaitre une myriade de chaudes larmes.
Au nez,c’est aussi profond que la robe, opulent et sérieux, à damner les nez les plus entraînés : charnelle avec un ensemble d’arômes fondus à l’extrême et tout en complexité, libérant ici de chaudes épices grillées, mélangeant là des fruits confits exotiques (orange) à un boisé charrié par le temps et devenu cendre, perlant l’élégance ; de la soie au nez et une justesse inouïe… l’alcool est excessivement bien intégré, fondu lui aussi, s’enveloppant de senteurs mystiques et d’un subtil voile de tabac. Un bonbon pour les sens et un travail d’orfèvre. Le repos renforce la présence d’un boisé précieux et franc.

L’attaque est résineuse et à hauteur du nez, somptueusement opulente mais toujours très bien exécutée, et sans alcool trop prononcé ; ce soir, les épices dansent dans le palais, sur fond d’un orchestre boisé. Une valse peut-être, élancée et millimétrée, des pas exécutés avec justesse et élégance soulevant les bouilles fruitées d’une foule conquise, et enivrée. Le moment est précieux et prête à la contemplation, dans un élan si riche que même le bouquet final semble résonner bien au-delà des murs ; on ne pense plus arôme mais on écoute les notes, anticipant la prochaine et retenant les précédentes, consignant son acoustique tard jusqu’au couché, dans un dialogue prolongé avec Morphée.

 

La Mauny a de l’or dans ses chais et Chantal Comte la tour pour les élever au rang de joyaux. Ce rhum est une ode au vieillissement et aux vieux agricoles, profond et séducteur avec une présence en bouche juste grandiose (et orgasmique en bouche). Note: 93

 

 


 

 

Tour de l’Or La Mauny 2001 / 64,8°

Ce millésime 2001 de 14 ans a été élevé en fûts de chêne américain ayant préalablement contenu du Bourbon. Et comme pour le rhum précédent, celui-ci a aussi connu un repos en cuve inox (durant 18 mois). Il est proposé à son degré naturel de 64,8° et dans 1 715 bouteilles.

– Mise en vieillissement en fûts : 19/11/2001
– Mise en bouteille : avril 2017
[ mesuré à 64,3° et donc là aussi 0 sucre ]

 

 

La robe est tout aussi profonde que le millésime 2006, cuivrée et très lumineuse. Un joyau, on vous dit. Et encore un peu plus de gras sur les parois.
Au nez, on est toujours sur l’opulence gourmande, le charme gonflé et profond du temps et de la maturité. Le boisé est toujours aussi maîtrisé et fondu, peut-être un peu plus solennel, plus tendu, mais là encore accompagné d’un confit de toute beauté ; un peu plus de vanille et de saveurs exotiques joufflues (mangue, papaye, agrumes) et caramélisées, aux épices savamment dosées.

Ce 2001 est sans doute encore plus complexe que le 2006 ; exotique avec un côté ténébreux marqué par le temps (chêne humide, tanins amers, poivre), le rhum apparait à la fois torride, charmeur et parfumé, aux envolés épicées et confites, avec un brun de fraîcheur et une fumée classieuse de tabac qui caresse une peau d’orange desséchée. On approche les 65° et pourtant on ne le croirait pas une seule seconde. Un parfum au nez.

En bouche, c’est chaleureux et résineux, un concentré de plaisir et de saveurs (une caresse) qui englobe le palais, et où l’alcool sert à merveille les éléments dans une maîtrise ébouriffante et exaltante. Ça copule, c’est riche (alcool oblige), avec l’impression festive d’un feu d’artifice où aucune fusée ne dépasse ni n’éclipse l’autre ; les couleurs sont au diapasons et éclatent toutes de la même intensité: épices, fruit confit et exotisme XXL, chêne. Une explosion de saveur entres notes chaudes (épices), charnues (fruit), boisées et fraîches (agrumes). Le final (feu d’artifice oblige) est long et refait parler le temps et ce chêne qui a plus d’une histoire dans son feuillage, sur fond d’amertume et de souvenirs mordants.

 

Un autre La Mauny brut de fût et un autre Grand rhum ; et une autre superbe sélection de Chantal Comte. Rendu là, une comparaison avec le 2006 s’impose forcément, et ma préférence personnelle irait sans nul doute au 2006, pour sa bouche et son équilibre ahurissant, même si ce 2001 ne démérite pas, bien au contraire. Note: 91

 

 

2 superbes sélections qui montrent une nouvelle fois tout le potentiel du rhum agricole vieux lorsqu’il est proposé au degré naturel (et lorsqu’il est mis à vieillir à fort degré aussi, sans dilution excessive). On était déjà habitué avec Neisson, depuis peu avec Bally (et son 98 sans ouillage), et on en a ici une nouvelle preuve avec La Mauny. Succulent…à qui le prochain ?

 

 

90 et + : rhum exceptionnel et unique, c’est le must du must
entre 85 et 89 : rhum très recommandé, avec ce petit quelque chose qui fait la différence
entre 80 et 84 : rhum recommandable
75-79 POINTS : au-dessus de la moyenne
70-74 POINTS : dans la moyenne basse
moins de 70 : pas très bon
Comments
2 Responses to “Tour(s) de l’Or La Mauny”
  1. Le Glaude dit :

    Bonsoir cyril,

    Je n’avais pas encore goûté de rhum de cette distillerie, mais par ton commentaire alléché (moi qui ne bois presque exclusivement que des brut de fût), j’ai vite commandé un échantillon de ces deux rhums. Quelles merveilles ! Paradoxalement, le 2001 semble moins alcoolisé que le 2006 ! Mais ce sont deux magnifiques expressions de ce que peut être un agricole non réduit et longuement vieilli, au même titre que ceux de Neisson ou le 1998 BDF de Bally (dont je n’ai malheureusement pas eu la possibilité d’acquérir un flacon, rareté oblige sans doute).
    Je vais donc me payer une bouteille de ces deux trésors avant qu’ils disparaissent…
    Bravo à La Mauny, et à Chantal Comte aussi, bien sûr, pour leur talent respectif !

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