Hampden is love

>


[ photo du site RumConnection.com / 2013 ]

Dans la famille du rhum Jamaïcain, Hampden a sans aucun doute le style le plus marqué, le plus puant (ou pour être plus consensuel: le plus ‘parfumé’), et reste le meilleur représentant de ces High Esters Rums dont la fabrication n’a que peu évolué au fil de l’histoire. Une oasis d’authenticité au milieu d’un désert rendu mainstream et aride, d’où la simple évocation du mot dunder soulève les cœurs et parfois les foules. Car ne vous y trompez pas, il s’agit là de rhum pour amateur averti, qui pourrait tout aussi bien -et rapidement- faire tomber en amour, que choquer toute une vie. Une sorte de bouillon de rhum utilisé aussi bien dans l’industrie agro-alimentaire que dans la parfumerie ; un grand écart qui n’est pas anodin et qui interrogera l’épicurien en quête de sensations fortes, qui pourra d’ailleurs s’il le souhaite trouver son bonheur bien plus proche de chez lui (vous avez dit Grand Arôme?).

Hampden est capable de sortir des rhums de 50 à 1600 esters, soit un rhum ultra léger à une bombe aromatique (1600 étant le maximum autorisé par la loi jamaïquaine). Principalement grossiste (la distillerie vend en gros au marché européen, Pays-bas, Allemagne, RU, Ecosse, jusqu’en Afrique du sud et en Amérique du sud), la distillerie a lancé son propre rhum en 2011 sous la marque Rum Fire et il se murmure depuis peu que ses vieux rhums (chose rare dans les distilleries jamaïcaines qui ne stockent que très peu – à l’exception de Appleton) vont poursuivre leur bonification à domicile… Un avenir radieux et sous le signe du vieillissement local attend donc les amateurs dans un proche avenir.

Parmi les rhums produits par Hampden et classés du plus léger au plus lourd :
(il s’agit de ‘marks’ qui correspondent à l’intensité des rhums et à leur méthode de fabrication, l’ADN de chaque rhum que vous connaissez déjà via les marks des rhums Demerara)

  • LFCH : contient entre 85 et 120 esters, plus léger mais toujours issu des alambics à repasse.
  • LROK : entre 200 et 400
  • HLCF : entre 500 et 700
  • <> H : entre 900 et 1000
  • HGML : entre 1000 et 1100
  • C <> H : entre 1300 et 1400
  • <> DOK : le plus aromatique, compris entre 1500 et 1600 esters, soit le maximum autorisé par la Jamaïque.  Utilisé entre autre dans l’élaboration du Rum Verchnitt en Allemagne.

Le dunder est en fait le résidu de fermentation (appelé muck) qui ralentit la fermentation en l’acidifiant. Ce muck est enterré sur la propriété dans d’énorme trous, puis recouvert de bagasse et laissé à l’abandon durant 1 à 3 ans. Une concentration aromatique pour le moins puante se fait sous forme de pâte, qui sera ensuite stocké dans des canalisations en bois situées chez Hampden sous son plancher, et régulièrement agité. Il existe aussi une cuve à part contenant une mère de fermentation où l’ensemble est mélangé à des fruits tropicaux longtemps macérés.

La distillation de ces différents moûts se fait dans 4 alambics pot still de marque Forsyth et Vendome, d’une capacité de 5 400 litres ; chaque alambic étant utilisé selon la richesse aromatique recherchée sur le produit fini. Actuellement, la distillerie serait en mesure de faire des rhums contenant 3000g/HL d’esters… .

 

 


 

 

Cadenhead Hampden JMLR 8ans / 63,2°

Distillé en 2000 et embouteillé en 2008 à  63,2%.

Robe paille, à l’allure de vin blanc et des larmes épaisses et très lentes.
Au nez c’est très concentré, sur un mélange déconcertant de fruits exotiques séniles (ananas, mangue), d’abricot et d’olive, de colle, de sciure fraîche, dans un ensemble qui semble coller aux narines. Les fruits, compotés et sucrés, sont mélangés à une bonne dose de végétal: des herbes fraîches et de l’anis transforment le nez et lui donne un charme fou. L’alcool est bien présent et il faut prendre garde, et surtout lui laisser du temps. En tout cas le rhum est très riche, puissant,
apparait médicinal, avec du verni-colle sucré ? Le repos lui apporte quelques notes de cuir, et toujours ce coté herbacé (anis) et acide (pomme).

Un peu d’eau rendra le rhum beaucoup plus facile, et toujours agréable, et fera ressortir des agrumes (citron jaune, sous forme de zeste).

En bouche, l’attaque est huileuse et concentrée, et dégage tout de suite une certaine acidité qui vient se déposer sur la langue. le rhum englobe la bouche et délivre sa palette, riche : herbes, canne, et les fruits précédemment détectés ; voilà un rhum qui fait saliver, un boisé sec et épicé, du fruit à coque, de l’iode. On pourrait en attendre d’avantage pour 63,2°, mais le rhum n’a « que » 8 ans (et un vieillissement principalement continental). L’alcool est bien intégré et la bouche relativement facile, ou en tout cas délicate ; on attend plus de présence, plus de maturité. La fin de bouche est épicée, longue et chaleureuse, une nouvelle fois sur le végétal (herbes).

Avec de l’eau le rhum apparait beaucoup plus facile mais toujours pas altéré, toujours aussi concentré mais plus fruité et sucré, et  toujours chaleureux en bouche. A essayer car intéressant et l’ajout est ici bénéfique.

Un hampden caractériel (mais lequel ne l’est pas?), jeune mais déjà très concentré et riche, malgré une bouche qui manquera forcément de maturité et de complexité. Note: 81

 

 


 

The Rum Cask Hampden 12 ans / 62°


The Rum Cask Hampden 12yo 2000/2013 62%.

12 ans et une robe ambrée assez claire, avec un ballet de larmes toujours aussi lent et ‘accrochant’ le verre.
Au nez, l’alcool vous pique immédiatement le nez, et le profil vernis-colle se dissipe pour proposer un nez assez différent du précédent rhum , plus sombre et complexe : on retrouve les fruits exotiques (ananas, banane), des herbes, mais aussi un côté plus noir, de cuir, plus lourd, opulent, de la cerise griotte sortie tout droit d’une forêt noire. Du cacao amer, avec une ambiance fumé au dessus du verre

avec un trait d’eau: c’est plus fruité (exotisme opulent), vanillé (bois), acide, mais plaisant.

La bouche est très concentrée, puissante (acide) mais tenable, sur une rasade de fruits acidulé et d’herbes vertes (feuille de thé), d’anis rafraichissante, de cuir, de noisette ; le rhum reste concentré mais s’éteint un petit peu, pour laisser place à une finale très longue et incisive comme une eau-de-vie, délivrant une délicieuse note de cerise griotte. Impressionnant, même, puisqu’elle semble rester là longuement et se dissiper avec le temps.

avec de l’eau on a un profil plus fruité : ananas, mangue, épices, herbes ; celui qui n’apprécie pas le rhum pur pourrait prendre plaisir à le diluer. anisé, herbacé. moins de puissance mais au final tout autant d’arômes et d’intérêt, voire plus qu’en version brut de fût. Cela montre le potentiel du rhum (et l’intérêt de la dilution dans certain cas)/ A tester!

Du Hampden, et donc du caractère et de la concentration extrême. Il y a de l’amertume, de l’acidité en bouche, mais contrebalancé par les fruits et le bois est fraichement coupé (sciure de bois), pour un rhum plus délicat et ‘facile’ que le cadenhead, mais aussi plus concentré ; et surtout avec un grand intérêt à la dilution. Note : 85

 

 


 

High Spirits Hampden, 15 ans / 46°

High Spirits Hampden 15yo 1992/2007 46%
230 bouteilles et 18 magnums
.

Ambré léger tirant sur le paille, robe huileuse
le nez est très fruité, beaucoup moins concentré qu’un fullproof , et  passer d’un rhum à 60° à un rhum de 46 calme un peu les ardeurs… On est sur l’ananas rôti, l’abricot confit, l’anis, le vernis mais dans une version fruitée et ‘légère’ ; même les herbes semblent plus faciles. L’ananas a alors toute la place pour briller, tout juste piqué au vif par un boisé fraichement coupé (sciure) et quelques herbes encore vertes.

En bouche, l’attaque est d’abord assez douce et chaude, mais devient rapidement concentrée, et le rhum donne l’impression de gagner en intensité à chaque seconde : intensité aromatique, mais aussi en présence, plus huileux et collant au fur et à mesure, c’est même déconcertant car il finit littéralement par coller un peu partout! fruits exotiques (banane), herbes et anis sont au rendez-vous. La fin de bouche est longue (voire très longue pour 46°) et délivre un mélange équilibré entre fruité et végétal.

ce rhum en brut de fût aurait sûrement été magique, étant donné sa présence en bouche à seulement 46° ; ça aurait aussi permis un nez plus concentré qui aurait sans doute aussi fait la différence. Note: 87

 

 


Renegade Hampden 15 ans / 46°

Renegade est connu pour avoir sorti des rhums avec des finish improbables et très marqués (et originaux), avant que cela ne devienne à la mode. Nous avons ici un rhum de chez Hampden qui a été mis en fût de Chateau Latour à la distillerie Bruichladdich. 1060 bouteilles.

La robe est bronze, peu commune et intrigante, tirant sur le caramel. la couronne laisse échapper les larmes très épaisses.
Au nez, c’est assez fruité et facile, gourmand même. Un Hampden qui sort de l’ordinaire, adouci et rendu plus fruité par le second passage en fût de Chateau Latour. Le nez est sucré, réglissé, avec des fruits noirs et des tanins qui apportent de l’astringence au nez, un peu comme dans un Liberation 2010 : un aspect gras et vineux, qui semble ici freiner le potentiel et l’identité Hampden, mais lui apporte une touche assez unique. On pourra toujours débattre de l’intérêt même d’utiliser des fûts de vins (mutés ou non), qui tient plus de l’expérimentation que du maintien de l’identité originel du rhum, forcément cachée et cassée.

En bouche, l’attaque est huileuse et ‘englobante’, très différente des Hampden déjà goutés et pour cause: on a clairement un mélange entre un rhum jamaïcain très aromatique et riche, associé à des arômes vineux et tanniques, accrochant le palais (gras et réglissé), renforçant l’acidité en bouche : c’est assez léger en bouche mais le rhum semble perdre de son identité au détriment du vin, accrocher le palais et prendre pas mal d’arômes réglissés qui lui donnent un coté plus sombre, mais avec l’acidité marquée et les herbes vertes.

Pas mauvais, loin de là, mais expérimental, et forcément étrange. Pour les curieux et les aventuriers. Note: 79

 

 


CDI Hampden 16 ans / 43°

Un Hampden de chez la Compagnie Des Indes (embouteilleur frenchy) distillé en  2000 et sorti à  43%.

Ambré paille, huileux et jambes grasses.
Au nez, le rhum est fruité, ensoleillé et crémeux. Le raisin a l’air d’avoir pris la place de l’ananas, mais on garde cette odeur lourde propre à Hampden, riche et concentrée rendant le nez assez crémeux (résineux). Les fruits se mélangent au végétal (herbe) dans une mixture qui ferait déjà saliver avant d’arriver en bouche, avec une nouvelle fois la fraîcheur de l’anis. Avec le repos le nez se fait plus grillé, torréfié, caramélisé? Garder autant de richesse à 43° laisse rêveur.

En bouche, l’attaque est un poile huileuse mais surement pas aussi intense qu’on attendrait d’un Hampden, ni épaisse ; la dilution sûrement. Anis, vernis et fruits (toujours le raisin étrangement) mais aussi l’ananas et la cannelle. Le coté végétal apporte cette amertume caractéristique qui tranche avec le reste mais toujours dans un bon équilibre.
La fin de bouche est moyennement longue, mais persiste, chaude et fraiche, mais assez plat pour du Hampden au final. On s’attend à beaucoup plus (à 46° peut-être?).

Hampden est un rhum à potentiel, et ici il semble ne pas être exploité comme il faut, ou en tout cas à sa juste valeur. Note : 82

 

 


 

 

Berry Bros Hampden 17 ans / 46°

Un rhum sorti par Berry Bros en 2007, et distillé en 1990.

Robe toujours aussi claire, tirant entre le paille et l’ambré naturel. huileux
Au nez, c’est très aromatique et facile ; La richesse est là, très plaisante et le nez pourrait littéralement se mâcher. Crémeux et épais, résineux et sucré, alliant herbes fraiches (citronnelle, anis) et fruité, vanille, boisé frais dans une ambiance très bien équilibrée. Le nez est compact mais très riche sur l’aspect fruité (ananas, mangue), vanillé, raisin, le rendant sûrement plus agréable (et facile) que ces concurrents. ça sent les fruits exotiques sûrs et pourris, mais c’est suffisamment sucré pour donner un coté très agréable et très mature,  avec du vieux cuir. Du Hampden à 46° parfaitement exécuté ? quelle présence en tout cas…

En bouche l’attaque est huileuse et tout de suite très -très- concentrée, quelle présence une fois encore ! c’est fort sur les fruits en mode acide, pourris à l’excès, les agrumes, ça colle au palais mais quelle maitrise. Les herbes sont là (anis), ça vous explose en bouche mélangent harmonieusement acidité fruité et sucré, sans oublier un petit coté cuirassé très plaisant…
46° ? sérieusement ? la claque… c’est une explosion en bouche (et c’est peu dire), et jamais un rhum de 46° n’aura semblé aussi concentré…

la fin de bouche est sans fin…fruit, acidité, sucre, boisé, mais toujours du fruit du début à la fin, et dans une puissance incomparablement agréable et facile. Le rhum vous hantera pendant des heures.

Du fruité à gogo, de l’acidité excessivement plaisante et rafraichissante, ce Berry Bros a tout d’un grand.. Vous voulez débuter dans le Hampden style ? c’est surement la meilleure (et la plus dangereuse) porte d’entrée. Époustouflant. Un rhum énorme. Note: 92 (à 70€ c’est sûrement (c’était sûrement) l’affaire du siècle).

 


 

Silver Seal Hampden 20 ans / 50°

Allons faire un tour du côté de chez Silver Seal avec un Hampden de 20 ans distillé en 1993 et sorti en 2013 ; un rhum dilué mais que nous allons retrouver plus bas à son degré naturel (avec le Samaroli du même millésime).

La robe est ô combien classique pour du Hampden, ambré, paille, huileuse et présentant une multitude de larmes très tristes.
Au nez, c’est excessivement riche et concentré, jouissant d’un bel équilibre avec un alcool très bien intégré. Le rhum mélange harmonieusement odeur d’olive, de canne, et exotisme redondant et mature (et même vanillé, caramélisé), du cuir tanné/fumé avec des traces de goudron, mixé à la fraicheur anisée ; tantôt terreux, végétal et fruité, minéral même, ce Hampden propose un voyage très complet et plaisant de bout en bout. Le nez apparait même très facile pour 50°, et à ce titre moins concentré et collant que d’autres embouteillages, ça manquerait presque.

En bouche, le rhum est huileux et apparait d’entrée très salé, très iodé (en mode olive verte à l’apéro), aigre doux avec des fruits exotiques déchargeant leur peau ensoleillés et leurs cœurs sucrés, donnant même une nouvelle face à cet ananas très souvent présent : il est ici fraîchement coupé, acidulé et sucré, accompagné de chêne, d’anis, de terre, d’herbes apportant un poil d’amertume, mais dans un bel équilibre des saveurs. Aigre mais contrebalancé avec le reste et une richesse toujours propre à cette distilleries jamaïcaine. Il apparait aussi moins collant et concentré en bouche que beaucoup d’autres embouteillages (de millésimes antérieurs, peut-être par rapport aux marks et nombre d’esters qui leur sont propre) , les 50° sûrement aussi. La fin de bouche est longue, toujours sur cette pointe iodée/salée/acide, accompagné d’anis et d’un chêne fumé, asséchant mais plaisant. On en demanderait plus, et plus longtemps.

Un très bon Hampden, plus vieux et plus sage que d’autres embouteillages, moins concentré et extrême, mais à l’équilibre bien plus maîtrisé. Quelques degrés de plus auraient sans doute fait une belle différence. Note: 89

 

 


 

 

Samaroli Jamaica 21ans / 65,6°

Un Samaroli distillé en 1993 sorti en 2014 à 65,6% . Dégusté à la suite du Silver Seal plus haut, histoire de voir si le côté brut de fût peut transcender ce millésime de 1993.

La robe ambré paille est plus soutenu que le Silver Seal, toujours huileuse et remplie de promesse et de concentration.
Au nez, c’est encore plus concentré mais sans le coté funky et exubérant qu’on connait à Hampden, mais tout en réserve : c’est plus fermé mais ça promet néanmoins une bouche du tonnerre. Notre fidèle ananas est là, concentré, rendu confit à l’extrême, devenu comme résineux, et modelé en un vernis dans lequel on aurait jeté des herbes (anis), des fruits à coques, un cuir ancien et fumé. On a beau attendre, le nez reste concentré et complexe tout en retenue : une décoction d’arômes ne demandant qu’à exploser en bouche… complexe car contenu et peu exubérant. Une autre facette d’Hampden?

En bouche c’est l’orgie esterienne, ça copule dans tous les sens et impossible de savoir qui est devant qui, ça jaillit de tous les côté sans ordre, le jus se collant partout en bouche (et au delà) déposant des arômes violents et gras, âpres, tordus et surexcités, excentriques ; c’est la fête aux esters, l’ananas et ses potes  exotiques s’encanaillent avec des herbes folles (et fraîches) et des olives qui vont par paire (noire et verte, ça va de soit). c’est âpre, sucré, acidulé, mais toujours concentré et résineux, explosif mais tenable, car dans l’effort tous ces esters y laissent des forces, sans doute, mais aussi des traces qui auront sans doute du mal à se dissiper dans notre palais. Le nez laissait imaginer une telle concentration, mais le plaisir est décuplé dans une bouche explosive qui ne semble pas vouloir se  terminer, comme si l’orgie ne faisait que commencer. Les 65,6° sont utilisés à merveille, comme quoi il est important (et toujours intéressant) de laisser un rhum s’exprimer à son degré naturel, sans vouloir systématiquement le casser dans son élan et dans ses intentions (ça c’est pour Silver Seal). La fin de bouche est interminable, et sans doute réservée aux plus aventuriers (majeur forcément) et n’a besoin d’aucun mot, d’aucune description. Juste d’un râle.

Vous aimiez le Silver Seal de 1993 ? vous l’oublierez en 1,5cl de ce Samaroli. Vous allez passer du rôle de croyant à celui de prêcheur dévergondé mais besogneux, d’altruiste à égoïste. Note : 95

 

 


 

Duncan Taylor 22ans / 52,9°

Direction Duncan Taylor qui propose un millésime de 1990 embouteillé en 2012. Sûrement pas évident de passer derrière ce Samaroli, mais faisons-nous rage et violence, car un millésime de 90 pourrait peut-être faire la différence… Vous vous souvenez de ce Berry Bros extraordinaire dilué à 46°? et bien ce Duncan Taylor est de la même année et il pourrait être à ce Berry Bros ce que que le Samorili 93 et au Silver Seal…

Sempiternelle robe ambré paille, grasse et impétueuse.
Au nez, c’est très exotique, sur l’ananas, la mangue, la papaye, tous mûrs et élégants, dans la force de l’âge. Très fruité donc, et forcément très agréable, avec même une odeur de banane peu commune. Au delà du fruit, il y a toujours cette concentration extrême qui mélange ce fruité aux arômes végétaux (herbe, anis) mais très accessible en même temps. Un rhum, et un Hampden élégant, fruité, et à la fois acide, avec toujours l’ananas, mais aussi de la pomme acidulée (granny smith) ; et au delà, de la terre, du cuir, du Hampden quoi, mais tout en élégance.

La bouche est vive et huileuse, acide et sucrée, et devient même collante, grasse et résineuse, déposant sur l’intégralité du palais ses arômes et ses esters :  un rhum très concentré où le fût parle, du chêne et du cuir mélangés aux fruits exotiques très (très) mûrs, la pomme est là aussi ; ça reste, ça colle au palais, âpre et acide et tenace : un mélange de chêne, de cuir et d’agrumes/pomme. Les 52,9° font leur effet et le rhum apparait très concentré, puissant, et sur une amertume assez prononcée. La fin de bouche est longue, très longue même, dans la continuité avec en plus des notes de plastiques, de caoutchouc, et toujours ce côté imprégnant, collant au palais et délivrant des notes acidulées et iodées.

Berry Bros dilué ou Dincan Taylor pour ce millésime 1990 ? difficile à départager, mais ma préférence irait sans doute au Berry Bros qui réussit le pari de proposer un rhum hyper concentré et agréable pour 46°, là où le Duncan Taylor tient la comparaison à presque 53°, mais manque sûrement d’équilibre avec une note d’alcool peut-être un poil trop présente ; il n’en demeure un excellent rhum. Note:  91

 

 


 

Habitation Velier Hampden 2010 HLCF / 68,5°

Du Pure Signle Rum, et sûrement le Hampden le plus authentique jamais sorti de chez Hampden avec un vieillissement 100% tropical, et donc l’occasion unique de découvrir un ‘vrai’ rhum de la distillerie. Distillé en 2010 et embouteillé après 6 ans au degré naturel de…68,5%. Et une part des anges supérieure à 40%.

la robe est d’or, étincelante et huileuse à souhait. ce ne sont pas que de simples paires de jambes, ce sont des nations de jambes.
Au nez, la concentration et la richesse de ce rhum sont ahurissantes. Le degré naturel prend tout son sens et s’il n’est pas accessible au plus grand monde, a au moins l’ultime privilège d’offrir son vrai visage, et quel tronche! Passé l’odeur de solvant caractéristique mais souvent éphémère, c’est exotique à souhait, chargé d’ananas et de banane sénile, de papaye à l’agonie, de citron et de tranches de pomme jusqu’à dégager une odeur gourmande acidulé et résineuse, mixant des herbes fondantes (anis), des épices de toutes sortes et surtout du soleil : curry, curcuma, et mêmes des fruits plus rouges et encore plus sucrés, acidulés (petites baies). Un nez magnifique qui réhabilite la glu pour l’éternité et l’habille d’un fruité conquérant avec une aisance grandiose. Plus le temps passe plus le rhum devient gourmand et s’adoucit, et plus le degré s’efface. Mais quelle intensité…

En bouche, l’attaque est résineuse, violente et saisissante. Épices, exotisme et acidité, olive verte et banane habillée de cuir, que dire? Monstrueux et estérisé à souhait, vaporeux. Le chêne est là aussi, se fait même fumé dans un aspect plus animal et beaucoup moins amical. Une bouche qui fait parler la poudre et qui semble sans fin, sèche avec une légère amertume mais qui restera imprégnée comme rarement.

Le genre de rhum auquel ajouter un trait d’eau, obligatoirement. Et cela ne lui enlève rien de sa gourmandise au nez, le rend même plus vanillé avec une glu exotique, et un nez au final toujours aussi intéressant (et c’est assez rare pour le signaler). La bouche ‘diluée’ est plus facile à tenir et  tout aussi intéressante, les fruits se font plus acides mais toujours sucrés (pomme, ananas), et on retrouve du bois et de l’anis.

Personne n’en boira des litres mais le nez mérite à lui tout seul d’y succomber : magnifique de bout en bout, à la première comme à la 60ème minute, et avec le pari de devenir gourmand malgré la puissance. A 6 ans c’est un coup d’état, une vraie claque par rapport à la concurrence (beaucoup plus âgée) avec une maturité déjà exemplaire. On attend la suite avec Grande impatience… Ce nez avec la bouche du Samaroli 93 et on met tout le monde d’accord ? Note: 92 (au vu de son âge on approche pus le 95)

 


 

Habitation Velier Hampden 2010 HLCF-LROK / 60°

Sorti à l’occasion du 60ème anniversaire de La Maison du Whisky, il s’agit d’un assemblage de deux marks : HLCF et LROK correspondant à des niveaux plus ou moins importants d’esters, et donc de concentration aromatique. 536 bouteilles, et toujours du Pure Single Rum au vieillissement intégralement tropical. de l’unique.

la robe est toujours dorée (vieil or) et lourde de sens, et de larmes.
Au nez, c’est moins funky que le HLCF, plus posé et même plus subtil (mais toujours concentré) : la pomme (acidulée) est ici sur-présente, le côté colle/solvant est plus léger et on trouve même une odeur plus douce et gourmande de massepain, de vanille, et la classique banane (et goyave!) mais toujours baignée de petites notes acidulées (olive). Il y a aussi quasiment 10 degrés en moins et ça se sent : sur la concentration, sur la facilité, sur tout au final. c’est plus équilibré et flatteur, plus doux et épicé, avec des notes de cannelle et de muscade. Mais aussi assez frais (feuilles d’eucalyptus), et le repos lui apporte même une note florale enivrante.

L’attaque est moins agressive que son petit frère, résineuse et concentrée quand même mais plus facile, fraîche sur la résine de pin, sur l’exotisme mais aussi les fruits secs, les épices toujours chaudes et notre fameuse olive. La fin de bouche est longue et savoureuse, langoureuse, se terminant sur un exotisme assumé et gourmand, mais léger et comme vaporeux. Fruité et floral pour une finale exquise.

Une version plus douce et plus séduisante de Hampden, loin du nez du HLCF mais au profil plus agréable et flatteur, plus fruité et floral. Note: 89

 

 


 

Excellence Rhum Hampden 2000  / 54,6°

Excellence Rhum est une boutique en ligne qui a sorti tout dernièrement sa propre sélection de rhums dont ce Hampden LROK de 16 ans révolus. Tous les embouteillages se font au degré naturel. Une édition limitée à 195 bouteilles.

Passé la robe et l’onctuosité habituelle, le nez dévoile une belle richesse et maîtrise: aucune agressivité, entre exotisme (ananas) et notes plus épicées (cannelle, cardamome), le nez de ce Hampden est plus en retenu, moins exubérant et plus sérieux, dans une ambiance plus florale que saumâtre, et plus épicé (presque cacaoté/poudreuse) et minéral qu’agrumé. Comme s’il avait gagné en maturité et donc peut-être plus ennuyant pour qui était habitué à son exubérance et ses notes de solvant prédominantes. Des herbes macérées et de la noix arrivent, rafraîchies comme il se doit par nos fidèles agrumes et une minéralisé conquérante. C’est à la fois chaud, frais, fruité, ouvert et fermé ; c’est vivant, et personne ne s’en plaindrait.

En bouche, l’attaque est concentrée et huileuse, et cherche à contredire le nez réveillant les ardeurs et sortant les torpilles. Très riche mais aussi très agréable, un exotisme passionné et majestueux (sucré/confit) se frotte à la minéralité et la belle acidité d’une olive plus fruitée que saumâtre. Ça marche très bien et comme le TCR (voir ci-dessous) l’équilibre est le maître mot de la dégustation. On passe un super moment, sans dommage ni brûlure avec le meilleur d’Hampden sans les inconvénients. La fin de bouche est persistante et toujours agréable, sur un bel exotisme épicé et une minéralité qui n’aura jamais semblé aussi gourmande.

Un nez plus timide mais complexe pour un Hampden plus sérieux et minéral qui saura tout de même (et de très belle manière) vous séduire en bouche, proposant une très belle richesse et un feu d’artifice tout en maîtrise. Note: 90

 

 


 

 

Transcontinental Rum Hampden 2000  / 54,9°

Transcontinental Rum est une gamme lancée par La Maison du Whisky et qui comprend déjà quelques références. Il s’agit ici d’un Hampden de 16 ans embouteillé en 2016, et déjà sold out comme beaucoup de choses ces derniers temps.

La robe est d’un ambré limpide et doré.
Au nez, toujours aucune agressivité et une concentration harmonieuse, entre odeur lourde de solvant, de peinture, et la gourmandise d’un exotisme mature (ananas, pêche), acidulé et sucré, avec déjà l’impression d’avoir un nez collant et en tout cas résineux. On y trouve même une note florale, séduisante et des agrumes (citron en tête) qui apportent une belle fraîcheur et un peu plus de sucrosité (confit), puis des épices chaudes et charnelles (cannelle, cardamome) donne une nouvelle dimension au rhum qui semble se dévoiler un peu plus à chaque minute. L’ananas fraîchement coupé réapparait et rafraichit à lui seul toute la palette aromatique, qui finalement laisse entrevoir quelques notes plus saumâtres et pesantes, et plus d’épices (et végétal avec un côté herbe faisandée). Un bel équilibre pour un bel Hampden.

En bouche, le rhum glisse délicatement avec un ensemble fondant et huileux, mêlant notes saumâtres et acidulées (olive) et un fruité intense et confit (ananas, citron) ; très bel équilibre et richesse dans une bouche très fraîche et sucrée, sans accroc et excessivement bien déployée. Le citron est très présent et rend l’ensemble moins agressif et moins explosif pour un Hampden, mais ça lui réussit très bien. Des herbes fraîches reviennent et le rhum se fait même minéral, mais toujours conduit par ses mêmes fruits qui calment les ardeurs. La fin de bouche est vigoureuse mais toujours maîtrisée, et persistera longtemps avec un feu maîtriséavec un beau retour des fruits à coque.

Un Hampden moins funky et agressif que d’habitude, très équilibré et très agréable en plus d’être complexe, qui ravira les amateurs de rhum plus ‘doux’, ou en tout cas plus accessible (et il l’est pour un Hampden!). Sûrement un des Hampden les plus accessibles et équilibrés avec le Berry Bros. Note: 89

 

 

 

Plusieurs choses ressortes de cette dégustation: la différence entre les millésimes d’abord, et ensuite (et surtout) le peu de différence entre un Hampden vieilli sur son sol (avec un vieillissement entièrement tropical) et ceux principalement vieillis en Europe (à savoir tous à l’exception de l’Habitation Velier) . Alors que les millésimes de 1990 (Berry Bros et Duncan Taylor) proposent des rhums hyper concentrés et sûrement très chargés en esters, très aigres, les rhums de 1993 semblent proposer autre chose, moins acide mais plus complexe et concentré, sûrement plus ‘facile’ d’accès, même s’ ils restent de véritables bombes qui ne conviendront sûrement pas à tout le monde. Les Habitation Velier et leur vieillissement tropical laissent présager de formidables choses vu le niveau à tout juste 6 ans (!), et l’avenir nous réserve sans doute de merveilleuses surprises qui remettront pas mal de choses à plat.

Dans les embouteillages plus récents, la gamme Transcontinental Rum de LMDW ou encore celle d’Excellence Rhum propose un Hampden beaucoup plus accessible et toujours très concentré et agréable, et sûrement le meilleur compromis actuel, entre concentration et accessibilité. De superbes rhums à essayer avant de les voir disparaitre.

Au final, Hampden fascinera ou désenchantera, mais il n’y aura sans doute pas de juste milieu pour ce genre de rhum hyper concentré qu’il convient de goûter au moins une fois dans sa vie ; Vous y prendrez au minimum une bonne dose de plaisir (même avec dilution), et vous ne tomberez que très rarement sur un mauvais embouteillage.

 

90 et + : rhum exceptionnel et unique, c’est le must du must
entre 85 et 89 : rhum très recommandé, avec ce petit quelque chose qui fait la différence
entre 80 et 84 : rhum recommandable
75-79 POINTS : au-dessus de la moyenne
70-74 POINTS : dans la moyenne basse
moins de 70 : pas très bon
Comments
12 Responses to “Hampden is love”
  1. Herve dit :

    Merci
    Toujours un plaisir de te lire.
    Très beau line up de chez hampden.

    5
  2. Grim dit :

    Trop chouette !
    Je suis en train sélectionner et rechercher des Hampden pour une petite line up, cette article va aiguiller mes recherches merci 😉
    Perpétuellement à la recherche de Hampden meilleur que le Samaroli FP de 1993… le rumcask de 26 ans d’âge?

    5
    • cyril dit :

      The Wild Parrot a très bonne ‘presse’ aussi parait-il 🙂

      0
      • Patate dit :

        Merci pour cette belle verticale qui donne soif!!
        J’en suis au café mais je serais presque tenté ^^

        Je suis étonné de ne pas voir en avant première le nouveau Habitation Velier LROK dans cette verticale d’ailleurs 😉 (que j’ai hâte de découvrir)

        Concernant le Wild Parrot, j’ai pris 2 bouteilles et 2 samples, et pour faire simple, de mon point de vue il n’arrive pas à détrôner le HLCF de Velier dont je suis tombé amoureux !

        Avez-vous goûté le CDI Hampden 24 ans ? je n’ose toujours pas ouvrir la bouteille…

        0
  3. Sebastien dit :

    Salut Cyril,
    As-tu deguste le LROK 2010?
    Habitation Velier n’arrete pas! le Forsyths 2006, Last Ward 2007 sont en approche! 😉
    En ce qui concerne ces « Marks », connais tu a ce jour des distilleries qui travaillent les HGML, CH, DOK? (autre que le Verchnitt)
    Sont-ils disponibles ou cette intensite en esters n’est produite que pour l’industrie agro-alimentaire, parfumerie et autre?
    Je serai curieux de gouter ca pour voir!
    Dans ce cas, est ce que ces Rhum aussi charges ne perdent ils pas de leur « identite/terroir »?…

    0
    • cyril dit :

      Salut Sébastien, oui ça va être difficile de tout suivre, sans compter les bouteilles anniversaires… mais j’espère bien pouvoir gouter ce LROK. Il est difficile de trouver les marks ‘officielles’ étant donné que meme les embouteilleurs proposent les leurs, mais je crois que les vieux embouteillages de Cadenhead ont été en avance sur ce sujet.

      Je ne sais pas s’il serait raisonnable de gouter les rhums les plus ‘estérisés’ mais ce serait intéressant. Mais les plus concentrés sont réservés à l’industrie agro alimentaire ou pharmaceutique et interdites à la consommation (avis aux amateurs)

      0
  4. Cédric S dit :

    Merci pour ce super récap 🙂
    Attention, la photo du CDI n’est pas la bonne, c’est la version 15 ans sur la photo 😉

    0
  5. Le Glaude dit :

    Bonjour cyril,
    Voilà une verticale qui appelle les commentaires ! Bravo pour cette belle comparaison qui confirme la qualité des productions de Hampden (mais qui en doutait encore ?)…
    Pour ma part, je ne connais que le 2010 HLCF de l’habitation Velier, et je trouve qu’on atteint déjà le sublime avec ce rhum-là ! J’attends la version LROK avec impatience…
    Par contre, je n’ai malheureusement pas eu la chance de pouvoir goûter le Samaroli full proof, il doit être vraiment terrible aussi celui-là…

    0
    • cyril dit :

      Merci Le Glaude
      le HLCF de Velier est monstrueux pour son jeune âge et je me délecte déjà de pouvoir un jour goûter le même rhums avec quelques années de plus, ça laisse envisager du grandiose 🙂
      Le Samaroli n’est malheureusement pas simple à trouver, et une fois encore j’ai ouvert mon sample bien trop tard

      0
Leave A Comment