le loup dans la bergerie

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Ce n’est un secret pour personne, la législation autour du rhum est ambigüe), quand bien même elle est existante et correctement mise en application. Nous avons la chance, en tant qu’européen, de pouvoir nous appuyer sur le règlement 110/2008 qui encadre les spiritueux en France, dont notamment le rhum. Mais voilà, contrairement au Whisky, spiritueux bien mieux loti niveau texte et qui «ne doit pas être édulcoré ou aromatisé ni contenir aucun additif autre que le caramel ordinaire, utilisé pour la coloration (caramel « colorant » et non sucrant)», le rhum est à la traine ; comme assise entre deux chaises, sa définition est permissive et ouverte à de moult interprétations, que certains n’hésitent pas à cogner du poing à l’occasion, comme pour la fragiliser un peu plus ; là où d’autres s’efforcent de défendre les faiblesses d’un texte incomplet. Mais tous sont d’accord sur un point : celui du besoin impérial de renforcer la législation et de repenser un modèle devenu obsolète avec le succès (rapide) du rhum.

 

Entre définitions et pratiques, il y a comme un flou

D’un côté la DGCCRF et certains producteurs ont une lecture simple et homogène (disons logique/pragmatique) des textes : le rhum, comme défini dans l’annexe II.1, précise dans son point ) du règlement 110/2008 qu’il  « ne peut être additionné que de caramel afin d’en adopter la coloration » ; ce qui sous entend l’utilisation de caramel et rien d’autre, et dans un but unique de coloration. Pour d’autres professionnels (une minorité, il faut le dire), on fait état du flou juridique et on rappelle que la réglementation européenne autorise, sous certaines conditions, l’ajout de produits édulcorants dans le but de « compléter le goût final du produit ». Il n’en faut pas plus pour semer la discorde, et la marge de manœuvre est d’autant plus importante que rien, dans les textes, ne fixe de teneurs maximales en sucres… excepté un taux d’obscuration de 2% autorisé par la loi et qui pourrait être transposé à quelques 8 grammes de sucre par litre ; l’AOC Martinique, elle, va par contre jusqu’à prohiber le sucre ajouté dans ces 2% d’obscuration, qui doivent correspondre soit aux extractions de tannins dans les fûts, soit au caramel qui sert à la coloration.  Le sucre est lui aussi prohibé dans le rhum traditionnel. Dans ce désordre ambiant, certains producteurs n’hésitent alors pas à interpréter les textes comme bon leur semble, faisant fi de toute logique et du bon sens des autres.

 

Bientôt la fin du suspens ?

Comme pour de nombreuses denrées alimentaires, les lobbyistes répondent toujours présents lorsqu’un verrou peut sauter ; et comme l’histoire nous l’a montré à maintes reprises, c’est plus souvent pour une raison de profit qu’une question de survie. Et alors que la solution la plus simple aurait sans doute été de modifier la définition du rhum sur l’exemple de celle du whisky (vous vous souvenez : aucune édulcoration ni aromatisation ou additif autre que le caramel ; simple et efficace), voire de partir sur des normes restrictives mais qui ont montré leur succès (AOC Martinique), voilà que depuis plus d’un an des producteurs (de France et de Navarre) souhaitent inscrire un seuil maximum d’édulcoration du rhum à 20 grammes de sucre par litre. Imposer un minima serait donc la solution.

Et, magie des scénarios déjà écrits d’avance, la commission européenne pourrait en plus se réserver la possibilité (sic) d’établir des dérogations pour les pays non membres de l’Union Européenne. Dit autrement, cela reviendrait à laisser les producteurs de rhums ultra-sucrés faire comme si de rien n’était (et donc à ne rien changer à leurs habitudes excessives), en plus de proposer aux autres de s’aligner à leur convenance à hauteur de 4 morceaux de sucre maxi par litre (et donc à potentiellement pouvoir changer leurs habitudes alors que la plupart n’ont strictement rien demandé).

Dans une époque, rappelons-le aussi, où le sucre n’a jamais été autant décrié et assassin.

Certains joyeux drilles appellent cela un statut-quo et parleront d’avancée historique ; d’autres, esseulés et déçus, crient au loup, en vain. Ajoutez à cela que cette proposition, qui pourrait décider ni plus ni moins de l’avenir du rhum, interdira aux producteurs ne souhaitant pas ajouter de sucre de le mentionner sur leur étiquette ; ainsi, pas de ‘sugar free/sans sucre’, ou de ‘no added sugar/sans sucre ajouté’ (question d’ « uniformisation »). Et au final, aucun moyen de distinguer un rhum sucré d’un rhum non sucré…

Dans ces débats de bureaucrates, le rhum, son histoire, son héritage semblent étrangement ne pas avoir voix au chapitre ; ou peut-être quelques minutes, fugacement, autour de la machine à café. Mais demain, chacun aura potentiellement le choix d’ajouter du sucre dans un spiritueux qui historiquement n’en contient pas, et de l’appeler rhum sans que cela ne choque plus personne. On standardise ainsi une histoire, on ferme les yeux sur toute une tradition et on réduit le rhum à un produit parmi tant d’autres. Cette décision, qui pourra paraître absurde à beaucoup, intelligente et nécessaire à d’autres, semblera d’autant plus amère qu’elle est défendue depuis maintenant plus d’un an, et selon Richard Seale (dans une communication sur facebook reproduite en bas de page) même défendue par le CIRT-DOM, le Conseil Interprofessionnel du Rhum Traditionnel des Départements d’Outre-Mer ; et qui engagerait donc indirectement par les producteurs de rhums de Martinique et de Guadeloupe. En tout cas par leurs représentants officiels qui ne sont pourtant pas les représentants officiels des dénominations géographiques concernées !

Ceux-là même qui excellent dans la production de rhum agricole et qui brillent dorénavant de plus en plus sur la scène internationale, sans besoin d’aucun artifice. Le CIRT-DOM est allé jusqu’à demander le soutien de la WIRSPA (West Indies Rum & Spirits Producers Association),  l’association qui représente et défend les interêts politiques de producteurs de rhum de 12 pays de la Communauté caribéenne et en République Dominicaine. Elle demande donc à ses voisins ce qu’elle demande elle-même indirectement aux producteurs qu’elle est censé représenter et défendre : d’accepter une norme en contradiction avec leurs pratiques actuelles ; une pratique qu’ils pourraient déjà potentiellement mettre en œuvre (eu égard des flous juridiques mentionnés plus haut), mais que d’aucun ne profite. Étrange ? Incompréhensible même.

Aujourd’hui, les producteurs Appleton, Worthy Park, Hampden, Neisson et St. James font partie de ceux qui s’opposent à ce dosage. Leurs voix, comme sûrement d’autres qui ne se manifestent pas officiellement, ou pas encore, ne sont pas entendues ni représentées dans l’UE. Combien d’autres au total ?

 

Un choix qui pose question

Il est très intéressant -et instructif- de s’attarder sur les raisons qui pourraient pousser à ce besoin de vouloir imposer un seuil maximum de sucre ; car au final, pourquoi autoriser une pratique qui n’est pas répandue tant que cela au niveau mondial, et même quasi-inexistante dans certaines régions du globe ? Pourquoi vouloir légaliser et imposer un seuil maximum de sucre alors que les producteurs que les associations défendent n’en font pas usage et n’en expriment pas le souhait dans la très grande majorité ? Pourquoi vouloir faire d’une exception, une règle ?

Et après tout, le rhum sucré/édulcoré existe déjà, via le prisme des rhums arrangés et autres punchs, épicés ou spicy ; le règlement 110/2008 prévoit déjà d’ailleurs que le rhum aromatisé ou sucré s’appelle punch ou liqueur. A ce titre, il est intéressant et indispensable de se demander pourquoi vouloir faire rentrer un loup dans la bergerie, lui qui s’épanouit déjà paisiblement dans la forêt ?

Il faut sans doute chercher des réponses ailleurs que dans les discussions isolées avec les producteurs et les marques, toujours d’un ton rassurant en publique. Peut-être s’agit-il de profit alors ? C’est ici que les lobbyistes prennent souvent place en réclamant bien plus que leur dû.
Bien évidemment, vous trouverez toujours des argumentaires pro et anti, des mots rassurants et peut-être même sincères qui vous conjurons, la main sur le cœur, que ce seuil, ce dosage, n’empêchera pas la plupart des producteurs de privilégier et promouvoir un rhum ‘naturel’, sans sucre.

Tout comme on entendait encore il y a peu (et encore maintenant) des producteurs nier les ajouts de sucre, malgré l’évidence des preuves…

J’ai envie de dire heureusement, même doublement. Comme sans doute nous verrons, nous autres simples consommateurs, fleurir de nouveaux termes marketing à la mode ; de même, nous lirons des communiqués de presse rassurants, insistant sur le sérieux d’une marque, qui ne sachant pas réellement où se positionner vendra dès demain sur la même table un rhum sucré à côté d’un rhum sans sucre (dans le même catalogue, la même boutique, sur le même salon), sans qu’aucune distinction ne soit possible (puisque l’étiquette ne pourra pas le mentionner). Restera la parole des commerciaux et des producteurs, qui soit dit en passant, nous ont déjà montré leurs limites.

 

Pour une poignée de rhums

On devrait donc ce tour de force à une poignée de producteurs et de marques dont le pouvoir est tel qu’ils arriveraient à faire plier l’Europe ? Ce ne serait pas le premier cas, soit. Mais les associations qui défendent les producteurs de leurs pays seraient alors de mèche ? Ou bien incapable de peser bien lourd malgré la force du nombre ?

La raison du profit semble s’affirmer ; celle des intérêts, en tout cas. Certains producteurs, groupes, marques de tout bord et de toutes obédiences (mélasse, pur jus, hors ou intra UE), verraient sans doute cela comme une aubaine : pouvoir concurrencer les meilleures ventes des cavistes. rivaliser (ou en tout cas tenter librement de grignoter une part de marché) avec les Diplomatico, Zacapa, Don Papa et autres bombes sucrées que les cavistes vendent par palettes, alors même qu’ils ne respectent pas la réglementation européenne. La DGCCRF a beau sévir, elle n’a de toute façon pas les moyens de ses ambitions ; alors quoi de mieux que de légaliser le larcin ?

 

Vers une standardisation des goûts

Une édulcoration excessive amène une accoutumance et une perte identitaire ; il en va pour le rhum comme pour les plats préparés. Mais que dire de 20gr par litre ? D’après de nombreux professionnels, un rhum est modifié à partir d’un ajout de 5 (petits) grammes. Plus ou moins ce qu’autorise la règlementation actuelle. Et la future législation en autoriserait 4 fois plus ?

Selon Marc Sassier, ex œnologue et Président du syndicat de défense de l’A.O.C. Rhum agricole Martinique et de l’Organisme de Gestion des IG rhums des DOM,  «  l’influence du sucre dans un rhum est notable au-delà de 5g/l sur les arômes qui le caractérisent en l’absence de sucre ». (lire l’entretien complet publié en mars )

On peut donc décemment imaginer, et interpréter, qu’au delà de 5 grammes (et sûrement encore plus à 20 gr), le sucre annihile les caractéristiques organoleptiques d’un rhum. Le rhum n’est alors plus un rhum.

Quelqu’un aurait donc décidé, un jour, un dosage maximum de 20 grammes sans tenir compte des avis des experts, des professionnels ? Ou alors, ces 20 grammes seraient le reflet d’un marché lui même édulcoré par ces rhums ultra vendus qui s’arrachent à la pelle ? La seconde solution semble en tout cas la plus plausible sur le plan de la compréhension. Quand on sait que ces rhums, qui pour certains dépassent les 40gr/L, se sont imposés aux cavistes et non l’inverse, ça laisse imaginer un manque criant d’intransigeance et de bon sens.

 

Témoins de cette scène surréaliste, les producteurs semblent accepter sans broncher ce nouveau dictat, cette transformation profonde qui changera à jamais la protection de leurs propres produits. Eux, les principaux concernés. Alors, complices du changement ? Fatalistes ? Il est en tout cas alarmant de ne seulement voir qu’une poignée d’entre eux s’exprimer sur le sujet, et prendre volontairement parti. Comme le temps nous l’a montré et semble le confirmer, certains préfèrent de loin les lois permissives au maintien d’une tradition et à l’éducation de leurs consommateurs, sans qui, rappelons-le, ils ne seraient pourtant rien. A bon entendeur.

 

 


 

Voici le message que Richard Seale a posté le 4 juillet 2018 sur sa page facebook :

SUGAR in RUM – The Legal framework

There has been a lot of discussion with respect to the ethical rights and wrongs about sugar in rum making but in this post, we will look at the legal framework.

 

CARICOM (Barbados, Jamaica, St Lucia etc).

Under Caricom, flavouring is defined widely so sweetened rum is flavoured rum. So Rum can be sweetened but it is classed as a flavoured rum and the limit is 2.5% by volume (see later). The flavour must be stated on the label.

Notably, the Jamaica Excise Act additionally provides “except as may be otherwise permitted by the Commissioner, nothing shall be added to any spirits in a distillery save colouring matter or water” – [that “permission” probably relates to the making of methylated spirits]

The USA

Under the generic TTB rule for RUM up to 2.5% of blenders that “are an essential component of the particular class and/or type of distilled spirits” may be added. Now setting aside whether sugar is “essential” (hint: it is not) how do we determine the limit.

Rum is a liquid so 2.5% of a litre of rum is 25ml. But sugar is a solid. And % means we must have the same units on the top and the bottom. So we can only consider the addition of sugar syrup. Now we could find the mass of 25ml of sugar by volume but that is not scientifically rigorous. The density of sugar does not translate to an identical volume in solution. It is approximate but we need a more rigorous answer.

25ml of a 67 Brix sugar solution [the max conc] will be approximately 22g of sugar. So that is our limit according to the TTB – 22g/l of sugar. Now inverted sugar can be a little more concentrated – about 72/73 Brix but are we going to argue that inverted sugar is an “essential” component of rum?

Note that the generic TTB rule for whisky is the same. But the TTB recognises various subclasses of whisky – Bourbon, Scotch, Rye etc which have additional prohibitions/restrictions. The TTB does not give rum the same deference. This leads to the nonsense claim – “rum has no rules” or lax rules. We have rules, it is just that the TTB won’t recognise them.

AOC Martinique

The AOC provides an obscuration allowance of 2% “as a result of the extraction of wood or the adaptation of colouring” [English translation]. Obscuration is the distortion of apparent proof by dissolved solids. About 8g/l will produce an obscuration of 2%.

But the AOC clearly indicates this is for the solids from the barrel or added caramel and not from sugar. So no sweetening is allowed. If you wanted to contort this to say sugar is allowed, considering that there will be probably at least 4g of solids from the barrel/caramel, that would only leave about 6g for added sugar.

The EU

Now this is where it gets complicated.

Under the technical specifications for rum while the addition of neutral alcohol and flavouring are expressly prohibited the specifications are silent on sweetening. Looking to the general rules on spirits they provide spirits shall

“solely be sweetened to round off the final taste of the product……The maximum level……shall be decided upon in accordance with the regulatory procedure ………The particular legislation of the Member States shall be taken into account”

[I have edited it for clarity, the full text is reproduced below].

From the rule we can say a few things for certain:

– sweetening is allowed
– there is intended to be a maximum level
– we have no idea what that maximum level is

The EU standard is under review and there is then a clear opportunity to not only correct this ambiguity but bring the standard in line with OUR OWN standards. Barbados, Jamaica and Martinique have been making rum since the 17th century, it is long overdue that we not only defend our own standards but we demand them recognised elsewhere. We must lead.

Unfortunately, this is not proving the case. The EU has proposed an express limit of 20g/l – a standard at odds with Caricom and Martinique.

It also poses a practical danger beyond sweetening. Most producers of sweetened rum do not add sugar, they add sweet wines. Addition of sugar is readily detected. If there is an express limit for sugar, in practice that will allow sweet wines with impunity because it is far more complex to prove addition of wines. Rum will forever be corrupted.

Under the proposals, producers will NOT be allowed to say « no added sugar » – Rum and Sweetened Rum shall be labeled as one and the same.

Instead of fighting this, our trade association – WIRSPA – is playing a disingenuous game. The narrative they spin is that the current EU standard “impose[s] no limits” and so therefore we should accept the proposal as “better”. Now that is clearly not the whole truth and the argument is specious. We are asked to take the lesser of two evils but why take any evil at all?

More importantly, why does WIRSPA so willingly accept a standard at odds with their own member countries? WIRSPA has repeatedly communicated to its members over the last several months that the new EU standard is “fait accompli”. More ominous, WIRSPA is now placing a review of the Caricom standard on the agenda. We are being railroaded.

WIRSPA represents “there is no particular opposition to a limit on sweetening” from its members [implying members support the new proposals]. But again the whole truth is concealed. Indeed, members do not oppose a limit but for many members that limit is zero.

Appleton, Worthy Park, Hampden, Neisson, St. James are on the record as opposing sweetening. Their voices are not being represented to the EU. There are others of course and I look forward to them going on the record.

Adulteration is a long running problem in the food and spirits trade – the most common adulterant historically being water. The motive is always the same – profit.

“Drink what you like, know what you are drinking, be careful what you pay for”.

 

Comments
21 Responses to “le loup dans la bergerie”
  1. Raphael dit :

    TB comme d’habitude, il faudrait regarder ce genre de pratiques aussi :

    https://www.facebook.com/groups/MinistryOfRum/permalink/10155545386162724/

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    • cyril dit :

      Merci Raphael
      ce genre de pratique (et il y en a tellement) est remontée à la DGCCRF, mais comme mentionné dans l’article, ils font ce qu’ils peuvent :/
      il faut aussi espérer qu’un jour le consommateur soit plus regardant, plus curieux (et donc plus éduqué)

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  2. Jean-Louis DONNADIEU dit :

    Bonjour Cyril,

    Peut-on imaginer un seul instant les producteurs de cognac ou d’armagnac ajouter du sucre à leurs eaux-de-vie sorties d’alambic au prétexte que ce serait « tendance » et qu’il y aurait une clientèle qui en demanderait ? Ce n’est même pas pensable, alors pourquoi diable cette pratique deviendrait-elle une « norme » pour le rhum, au mépris de l’histoire, des usages et du bon goût ? Faut-il y voir un effet pervers de la mode des cocktails, où tout se mélange, et que seul le tiroir-caisse compterait ? Vivement un peu plus de rigueur en matière de règlementation et de surveillance… et de respect des gens, au lieu de vendre (et perdre) son âme… !

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    • cyril dit :

      Bonjour Jean-Louis et merci pour le message,
      Oui et c’est en parti la raison pour laquelle le Cognac a perdu tout intérêt (âme) pour beaucoup d’amateurs…en devenant principalement une boisson pour l’export ; triste mais réelle (et terrible) réalité. S’il s’agit là du souhait des producteurs de rhum, comme cela semble être le cas, alors on peut imaginer un scénario proche de celui du Cognac.

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      • Jean-Louis DONNADIEU dit :

        J’ignorai pour le cognac (je n’en bois guère; j’espère que quelques artisans dans la région sauvent l’honneur…). Cela étant, espérons qu’il y aura partout de vaillants Astérix pour résister encore et toujours à pareille invasion sucrière, et notamment dans les zones rhumières !

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  3. François dit :

    Bonjour Cyril,

    Merci encore pour ce genre d’articles qui vient éclairer une dimension fondamentale de la production des spiritueux et qu’on oublie trop souvent, celle de la législation.
    Pour avoir voyagé plusieurs fois en Ecosse, il m’a toujours semblé que les producteurs de whisky sont plutôt fiers d’avoir un standard commun qui limite les bidouillages sur le produit. Et quand on voit la diversité des produits proposés, je me dis que l’inventivité se cache plutôt dans la distillerie et les chais que dans des laboratoires où on irait tester différents taux de sucres…
    J’imagine que la production de rhum étant beaucoup plus décentralisée que celle du whisky, et surtout beaucoup plus marginale en Europe, cela ne plaide pas pour une transposition de cette « jurisprudence whisky ».
    Cela étant, la position schizophrène du CIRT, qui n’a jamais décoléré contre des Don Papa mais serait finalement prêt à les légaliser, continue de m’émouvoir. Faut-il y voir un lien avec l’actionnariat des producteurs antillais, qui s’est depuis longtemps étendu aux pays tiers ? J’ai du mal à imaginer les rhums des Antilles (dont les capacités de production sont limitées) venir tailler des croupières aux rhums à sucre déjà bien implantés.

    C’est regrettable en tout cas pour le consommateur ; alors que trouver du rhum est plus facile que jamais, une grande partie de la production sera sujette à caution : mentions d’âge fantaisistes pour les solera, ajout de 0 à 20 g/l de sucre… :-/ On pourrait dire que seul le goût compte au final, mais c’est tout de même nier la part de plaisir du consommateur qui recherche des produits avec un certain savoir-faire.
    Que penses-tu possible de proposer pour que la confiance puisse perdurer ?

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    • cyril dit :

      Merci pour ton message François,
      la position des instances, particulièrement celle du conseil Interprofessionnel du Rhum, me déconcerte totalement. Le sproducteurs vont certes continuer à valoriser leur production (espérons-le en tout cas), mais en y ajoutant un manque criant de crédibilité. Et c’est en effet très regrettable pour le consommateur final qui se fera enfumer un peu plus.

      Pour que la confiance perdure ? A part continuer à compter sur le sérieux de certains (pour combien de temps?), je ne vois pas, d’autant plus qu’aucun n’aura le droit de mentionner qu’il n’ajoute pas de sucre…

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      • François dit :

        Ce qui est triste, c’est que les autorités françaises qui discutent ces textes avec la Commission (ministères de l’agriculture, du commerce, etc.) ne porteront sans doute pas d’autre discours que celui de l’interprofession, au nom de la cohérence de la position française…

        Je tente une idée : est-ce que les associations de consommateurs pourraient porter un message auprès des autorités compétentes ? Honnêtement je crois peu à l’effet, mais c’est rageant de se savoir impuissant.

        Sur ce, je retourne à mon Neisson « sans sucres ajoutés » 🙂

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        • cyril dit :

          J’ai déjà contacté quelques associations de consommateurs, mais ça ne semble pas les passionner plus que ça… même avec cette histoire de sucre caché qui devrait au mois soulevé un problème plus grave de santé public…

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  4. jean-yves dit :

    Et … une pétition ?

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  5. Le Glaude dit :

    Bonjour cyril,

    C’est plié d’avance : les lobbys vont imposer leurs vues au détriment des défenseurs des rhums véritables sans ajout. Il ne reste plus aux producteurs qui veulent continuer à produire des rhums purs qu’à l’indiquer à l’aide d’une mention qui ne tombera pas sous le coup de la loi et que les vrais amateurs de rhums non trafiqués sauront reconnaître. Je gage que L. Gargano, R. Seale, M. Sassier et quelques autres trouveront la solution !
    Pour ceux qui apprécient les « rhums » édulcorés, aromatisés,trafiqués, etc…il n’y a rien à faire, qu’ils continuent à enrichir les industriels, tant qu‘ils ne nous empêchent pas de continuer à trouver des produits de qualité (on touche ici au coeur du problème, c’est bien ce que l’industrie veut empêcher).
    Et puis, s’il n’y a plus moyen de trouver du bon rhum, et bien…il reste le whisky !

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    • cyril dit :

      Bonjour Le Glaude
      oui biensur on pourra compter sur certains producteurs pour mettre en avant l’authenticité de leurs produits et trouver une « solution », mais que c’est triste pour le rhum en lui-même, alors qu’il aurait été plus juste (logique, valorisant, etc..) de justement imposer une mention pour les rhums souhaitant édulcorer. Whisky, Armagnac, eau-de-vie de fruits ont de beaux jours devant eux 🙂

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      • Le Glaude dit :

        Bonsoir cyril

        Ce que je vais écrire pourra paraître bête, mais il suffit de constater l’incroyable engouement de masse envers le « rhum » depuis quelques années pour se rendre compte que toute tentative d’imposer des règles qualitatives est battue en brèche par l’avidité des industriels qui, flairant l’aubaine dès le départ, se sont précipités sur la manne promise ! Et les lois européennes, supra-nationales qui plus est, ne sont généralement pas votées dans l’intérêt des citoyens (ça se saurait!!!)…
        Bref, il est un peu tard pour arrêter le massacre.
        Il faut que les petits producteurs tiennent le coup. Par contre, si certains se mettent à sucrer car c’est autorisé (je pense notamment aux AOC martiniquaises), là ce sera vraiment fichu pour la qualité…

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  6. Javier Herrera dit :

    Très bon t on article, lors de la VII Conférence Internationale du Rhum de Madrid 2018 , nous avons parlé lors de la conférence d’Elena représentant de la Fédération des Boissons, la plupart des producteurs présents ne sont pas d’accord avec cette règle. Pour ma part, je ne le suis pas non plus de cette quantité, c est fou sa!!! 20 grames de sucre dans le rhum, devient le rhum un coctail, comme vous le dites dans votre article, nous avons déjà des catégories qui vous permettent de sucre. Je suis sûr que cela va mourir dans le futur, pourquoi? En ce qui concerne les mesures sanitaires dans l’UE, tout le monde sait que le sucre est mauvais en excès, que certains aliments ne nous prennent pas en charge et ne nous protègent pas et que d’autres causent des problèmes. Aussi il y a un autre grand probleme dans le rhum, c est l utilisation des autres alcohols pour melanger avec le rhum, dans l EEUU s est l alcohol de sorgo, Asie l alcohol de riz et alcool de betterave en UE Europe.
    Je crois que la construccion du rhum doivent commencer par l’unité et ne pas se séparer comme ils le font sur Facebook, où ils diabolisent tout, c est bien de rapporter ce qui est contenu dans un produit ou un autre. Le monde change rapidement et le sucre a sa mort proche! Salutations

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    • cyril dit :

      Salut Javier et merci.
      Si les producteurs ne sont pas d’accord, alors pourquoi avoir laissé leurs représentants demander et exiger le taux maximum de 20gr/L ? c’est tout le nerf du problème… comme partout, il y a un fort lobby qui fait pression et qui pense avant tout au profit à court terme avant de penser à l’avenir du rhum. Il m’est avis qu’ils se moquent bien du rhum au final.

      je suis entièrement d’accord avec toi sur le danger du sucre et le problème de santé que cela pose (en France, dans l’UE et ailleurs), à une époque où le sucre est considéré comme un poison. L’unité dont tu parles est bien sur nécessaire, mais elle est pour le moment du côté de ce quota de 20gr malheureusement… seule une poignée de producteurs est contre

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  7. Georges dit :

    J’ai tendance à présager un avenir pessimiste chaque fois que l’intelligence de l’humanité est sollicitée pour des questions macro , mais cette fois ci non . Je fais suffisamment confiance aux amoureux du rhum pour rechercher la qualité , et ainsi faire vivre les producteurs qui sont en quete de perfectionnement et d’excellence . Et plus le rhum est populaire , plus la niche des passionés grossit .
    Nous aurons toujours nos jus de soleil produits avec passion .
    Merci Cyril et vivement tes prochaines notes de degustation

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  8. Georges dit :

    NB : les buveurs de Don Kaka ne pèsent pas dans la balance pour la pérennité de nos habitations bien aimées

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  9. bv dit :

    Diplomatico RE: 44 grms de sucre ajouté par litre (l’équivalent de 8 morceaux de sucre). C’est pas de rhum.

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