Diplomatico Distillery Collection

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Qui ne connait pas les rhums Diplomatico ? ou pour ceux qui aiment la précision du détail: qui n’a jamais vu un caviste vendre du Diplomatico ? Véritable rhum de gondole, le ‘Diplo’ c’est comme un blockbuster américain mais qui sortirait tous les mercredis. On pourrait penser que ça finirait par lasser, mais là où un film américain usera d’effets spéciaux et saura doser la rapidité des scènes, le Diplomatico vous travaillera au corps et vous dosera à un tout autre niveau: celui de la gourmandise, ou disons-le plus précisément et sans détour, le sucre : 40 grammes par litre (l’équivalent de 8 morceaux de sucre) pour le Reserva Exclusiva, 20/25g pour le ‘super premium’ Ambassador et la gamme Single Vintage, et un petit 10 pour le Reserva et le Blanco (oui, même le blanc). De quoi vous faire revenir encore et encore chez votre caviste favori (qui bien souvent n’en est pas vraiment un s’il n’a jamais essayé de vous faire découvrir autre chose), celui-là même qui jure sur la croix (ou sur sa famille selon son degré de fatigue, ou le jour de la semaine) que la bouteille qu’il vous tend est un rhum naturel, « un des meilleurs du marché ». Si ce n’est le meilleur.

Ces dernières années, les plus connectés d’entre vous ont même pu lire sur les réseaux sociaux les propos de divers représentants officiels de la marque (in english tho), qui seront passés successivement d’un déni d’un quelconque ajout, à la révélation (contraints et forcés par des tests en laboratoires, notamment gouvernementaux), jusqu’à finalement traiter les consommateurs curieux (et souvent chiants, avouons-le) de talibans (notez la finesse de la répartie). Des VRP, qui au lieu de traiter du sujet de la transparence, vous font comprendre que tout ceci fait tout de même vivre des familles, et que franchement vous devriez penser un peu plus à la fille du gars qui se fatigue dans les champs plutôt qu’au sucre, qui avouons-le, n’a jamais tué personne (ça se saurait…). Et puisqu’il s’agirait d’une ‘tradition’, il ne faudrait surtout pas poser de question. Et puis au final, le rhum c’est fun non?

Des propos repris en cœur par certains médias et blogs, qui non contents d’essayer de noyer le poisson et annihiler le débat (et au passage faire passer le consommateur pour un inculte), ne font bien souvent que recopier les communiqués de presse sans s’intéresser réellement au produit et aux problématiques qu’il soulève (certains se feraient même payer pour ça) ; on ne compte plus les articles de complaisance, toutes langues sorties, et les arguments qui vont même parfois jusqu’à dénoncer les comportements des consommateurs (quelle époque étrange). Mais il faut aussi sans doute, et à minima, préférer la synthèse (et un bon gros flou) pour ne pas déranger un annonceur, avéré ou potentiel (c’est un métier, rappelons-le). En attendant, les acteurs principaux du précédent film ont été remplacés et jouent aujourd’hui dans de nouvelles productions, défendent de nouveaux clients, de nouvelles marques, et ont tout aussi vite oublié familles et traditions pour s’attacher à d’autres besognes. Silence radio, le contrat a pris fin, au suivant.

 

Je t’aime, moi non plus

Mais depuis quelques petits mois, dans un jeu masochiste qu’une psychanalyse ne parviendrait pas même à déchiffrer, la distillerie change son fusil d’épaule en sortant un tout nouveau film (en salle depuis le mois d’octobre celui-là) : Distillery Collection, qui met (enfin) à l’honneur ces systèmes de distillation. Car oui, Diplomatico, contrairement à bon nombre de distilleries, possède des alambics ; on l’aurait presque oublié avec toute cette édulcoration, c’est dingue non ?

Mieux encore, le site internet de la marque mentionne dorénavant dans ses fiches produits les valeurs nutritionnelles de chacun de ses ron, dont le sucre. Un énorme pas en avant qu’il faut saluer (et étrangement non repris par les médias de complaisance). Les valeurs sont indiquées pour une quantité de 100ml et le lecteur curieux fera bien de décaler légèrement la virgule vers la droite pour avoir le grammage par litron. Une pratique qui devrait se généraliser dans les temps à venir 🙂

Distillery Collection donc, et deux nouveaux ron que la distillerie aurait sorti pour aussi « répondre à ses détracteurs » ; et là je dis WAW… vous en connaissez beaucoup, vous, des sociétés qui sortent un produit pour répondre à des vipères, à cette minorité invisible (ces nuisibles) qui cassent du sucre sur le dos à Diplo? alors même que le reste de la gamme se vend comme des petits pains depuis des années? Je vais faire un effort et le croire, car il ne nous reste plus que ça de toute façon (en plus de nos yeux pour mouiller). Alors ouais j’y crois, je veux y croire, et je vois même déjà la scène d’introduction du film, ambiance Apocalypse Now avec de la pétarade en fond sonore et des pales d’hélicoptère qui tournoient au-dessus de la Destilerías Unidas S.A. : « hey Tito, on va montrer à ces talibans de quel bois on se chauffe chez nous, balance la Distillery Collection à ces gros nazes, ils vont voir ce qu’ils vont voir! ».

Avouez que ça commence plutôt bien non ? Enfin, que ça « recommence assez bien ». De toutes les façons, le film restera en salle un petit bout de temps et ça vous laissera l’occasion de le voir (et même de revoir les précédents) ; Je suis même prêt à parier que votre caviste en aura les larmes aux yeux, rien que ça.

Mais cette fois-ci avec un petit truc en plus sur le nouvel opus, avec même un tout petit espoir que le consommateur ait été (finalement) compris ? les plus pessimistes parleront de placement produit (quelle bande de médisants, je vous jure!). Allez, on éteint les lumières et on coupe les portables, la séance va commencer…

 

 

 

 

Diplomatico Batch Kettle N°1 / 47°

Installé intramuros en 1959, il s’agit d’une méthode de distillation « semi-continue » (semi-artisanal batch distillation method), en provenance du Canada. Un ron distillé via ce process (et uniquement via ce process), puis vieilli dans des fûts de chêne blanc (américain).


La robe du premier personnage est cuivré/oranger, brillante. Le décor se résume lui à de larges barreaux et à une mer d’huile. Bientôt il pleut de chaudes larmes sur l’horizon.

Au nez, c’est très sec et vanillé, doucereux sur les fruits à l’eau-de-vie, ou plutôt un alcool à fruit (petits fruits rouges). Les 47 degrés passent quasiment inaperçus (aucun picotement trop dérangeant), mais imposent un voile d’alcool vaporeux qui persiste et mène les premières scènes (alcool et cuivre, neutralité dans l’esprit). La suite introduit les fruits séchés (fidèles figurants aux mines écarlates et acidulées) et à coque caramélisés et finement grillés. Il y a même avec le repos de la fraîcheur dans le jeu, qui se mêle un peu plus profondément à la fraise, la cerise et la banane.

En bouche, l’attaque est très douce et sirupeuse, deviendrait même presque collante en bouche. Les fruits sont moins à la fête, rattrapés derechef par le bois (concentré), mâtés par le chêne caramélisé et brûlé, la réglisse, la mélasse. Une sorte de résine de caramel/mélasse au bois, à la réglisse et aux épices, tannique et sucrée, avec une amertume qui s’impose petit à petit. Les degrés ont la bonne idée d’apporter de la matière (mais aussi de l’alcool qui pour le coup se sent bien plus qu’au nez) et du répondant mais sans trouver de véritable équilibre à l’ensemble, qui semble bien trop sucré. La fin de bouche est moyennent longue et a plus des allures de court-métrage que de film, sèche, sur les fruits à coque, le caramel, et les vapeurs d’alcool qui persistent.

 

Un nez qui reste assez ‘ron’, sec et cuivré, chaud et léger (alcool) avec un beau profil de fruits rouges (mais trop ‘grenadine’ et artificiel), et une bouche qui fait parler le bois et le caramel, en plus d’un sucre assez présent et malheureusement toujours écœurant. Le degré fait mieux passer le ron que le reste de la gamme, mais on sent clairement les limites du produit de base. Le profil reste sucré (et écœurant) et la mesure au Anton Paar ne montre aucun changement de densité ; il serait néanmoins très intéressant de passer ce rhum au laboratoire (au vu de son profil) pour une analyse complète et pourquoi pas y déceler une hypothétique obscuration (ce sera l’occasion de revenir sur cet article bientôt, ou pas). Note: 71

 

 

 


 

 

Diplomatico Barbet Column N°2 / 47°

Un ron issu cette fois de la colonne Barbet, elle aussi en fonction depuis 1959 : une double colonne (dont une colonne de rectification) mais toujours aucune information sur le % de sorti du rhum. Toujours à un très intéressant et optimiste 47°.

 

La robe garde cette couleur orangée/cuivrée et cet aspect huileux, peut-être même un poil plus gras que le N°1.

Au nez, nous ne sommes plus du tout sur le même profil : c’est nettement plus exotique (en entrée), sur la banane et l’ananas séché, les agrumes et ça s’éloigne même de l’esprit des ron habituels légers et sans âme (plus neutre et distillé à l’excès). Cette odeur se dissipera néanmoins assez rapidement pour laisser place aux sempiternels arômes de chêne toastés et caramélisés, vanillés. Avec du repos l’ensemble gagne encore un peu plus en légèreté et s’efface au profit de fruits à coque et de vapeur d’alcool. Beaucoup moins rond que le ron précédent, celui-ci devient plus rapidement timide. L’alcool est moins bien intégré aussi. Et l’esprit ron de -déjà- ressurgir. Chassez le naturel…

En bouche ? doux et sirupeux, mielleux même. Toujours cette impression de sauce boisée et caramélisée, mais cette fois avec des agrumes qui lui donnent un semblant de fraîcheur. Réglisse, tabac, caramel, l’ambiance est moins écœurante que le Kettle #1, sucré/acidulé et avec une astringence cette fois mieux maîtrisée. Les watts apportent la tenue nécessaire dans une finale cette fois plus vivante et plus longue, et même plutôt agréable et plus juste (fruits à coque), sèche, moins sur l’alcool (mais quand même).

Le deuxième essai rattrape le premier ; moins lourd et plus élégant et équilibré, il est aussi moins écœurant (car beaucoup moins sucré) pour un ron, et c’est déjà un bon début. Un bon Diplomatico, finalement? :/  Note : 74 pour l’espoir mais toujours sur un profil sucré/brûlé.

 

 

Au final, les deux ron sont assez différents : le premier est rond et reste très gourmand (et artificiel) alors que le second propose un aspect plus classique et ‘naturel’ de ce que l’on pourrait attendre d’un rhum (et même d’un ron). Les deux proposent une bouche assez mielleuse et sirupeuse qui ne plaira pas à tout le monde, à commencer par ceux qui deviennent exigeants et qui commencent à maîtriser le sujet rhum. On a clairement l’impression d’avoir un rhum moins caramélisé (à l’instar d’un Reserva Exclusvia et toute la clique), mais toujours autant sucré par contre. Le degré alcoolique fait juste mieux passer la pilule.

Profitons de l’occasion pour goûter maintenant le Single Vintage 2000 embouteillé à 43°, avant que mon sample ne s’évapore de lui même….

 

 


 

 

Diplomatico Single Vintage 2000 / 43°

Un rhum de « 12 ans », savant assemblage d’une combinaison des modes de distillations discutaillés ci-dessus, qui aura vieilli en fûts de Bourbon et de Single Malt avant d’être affiné en fût de Sherry. Tout un programme ? voyons-voir…



La robe est nettement plus soutenue (l’effet caramel ?), acajou, avec toujours cette ambiance orangée et grasse. Diplomatico un jour, Diplomatico toujours.

Au nez, ça paraitra nettement plus plat à la suite des deux ron précédents à 47°… pas forcément le meilleur choix, mais passons. Plutôt sec et moins gourmand, plus en retenue et bigrement effacé. Il y a pourtant eu une pause de plusieurs heures entres les deux ron du haut et celui-ci, mais il apparait fantomatique. Du caramel, du café en veux-tu en voilà, de la vanille, du cuir sucré (oui oui) et un peu de fruits rouges (l’affinage’ en fûts de sherry sans doute), mais noyés dans le caramel. Très fin, trop même.

En bouche, un sirop contre la toux ? En effet, ce n’est pas forcément le bon choix de goûter ce ron après la série Distillery Collection, mais qu’est ce que c’est révélateur! ça au moins le mérite de mettre les choses à plat : ultra-gras, limite poisseux, ultra-sucré sur une mélasse bien lourde (trop lourde), du caramel, du cuir, des fruits rouges, et encore et toujours de la mélasse bien noire, de la réglisse, et un sirop de sucre, etc etc…. Du café aussi (expresso avec au moins 7 sucres dans la tasse), du sucre, du gourmand, du gras, du sherry, mais où est le rhum ? Ah ça oui ça doit plaire à celui qui aime les liqueurs, car ce n’est clairement pas du rhum, même pas du ron… Et parler de finale serait bien de trop j’en ai bien peur.

 

Du caramel en pagaille, au nez comme en bouche, façon bonbon chocolaté au caramel (un mars, mais où ça repart pas du tout), accompagné d’une tasse de sucre au café. Peut-être même le rhum qui ressemble le plus à une liqueur, fatalement écœurant (comme le Diplo Amabassador au passage). Note: 53

 

90 et + : rhum exceptionnel et unique, c’est le must du must
entre 85 et 89 : rhum très recommandé, avec ce petit quelque chose qui fait la différence
entre 80 et 84 : rhum recommandable
75-79 POINTS : au-dessus de la moyenne
70-74 POINTS : dans la moyenne basse
moins de 70 : pas très bon
Comments
6 Responses to “Diplomatico Distillery Collection”
  1. Jean Marie Le Caignec dit :

    Bonjour.
    Voici un petit résumé de gammes des diplomatico que j’avais ecrit sur forum internet. C’était avant la sortie des deux bouteilles que tu commentes. Mais Cela en dit un peu plus sur les autres gammes de Ron. Les sources viennent de la distillerie elle même et de divers ouvrages US. Il y a incontestablement un travail de reserches et d’assemblages. Seul le rajout de sucre local est sujet à débat. Faut dire qu’ils n’ont pas la main légère chez Diplomatico en terme de sucre ajouté.
    « Le Diplomatico Mantuano ( 8 ans d’ages)est le Ron qui est censé remplacer le Diplomatico Reserva Exclusiva(12 ans d’ages). C’est un Ron issue de mélasse et de sirop de canne à sucre ( eux, l’appelle miel- tradition espagnole- mais les abeilles n’ont rien a voir la dedans) et de plusieurs processus de distillation. Donc un blend de distillation en colonne, d’alambic discontinu, ainsi qu’une distillation par batch séparés( qu’il nomme batch-kettle). En sortie de colonne, le distillat est à 96,4%abv( vous lisez bien). De même pour la distillation des batch séparés semi-continue(96,4%). La sortie de l’alambic ( pot still avec double retord)se fait à 82%abv. La mise en fut de chêne se fait à 65% pour le Ron issue de colonne et à 55% pour celui issu d’alambic. Ce sont des futs de chênes américains ayant déjà contenu du Bourbon et d’autres du whisky de malt. La finition se fait en fut de Sherry. La gamme Diplomatico vieillit au moins 2 ans ( leur AOC locale). Le Ron est filtré à froid, sauf pour le Réserva Exclusiva qui est filtré a t° ambiante et le Blanco qui est filtré pour décoloration par charbon de bois. Il y ajout de caramel pour la couleur et de sucre raffiné local dans les futs de chênes quelques mois avant l’embouteillage.
    Une étude et analyse du gouvernement de la Suède, (qui diffusent ce genre d’information à des fins de santé publique) montre que le Diplomatico Reserva Exclusiva 12 ans, présente un taux de sucre de 41gr/lit. Tu pourras trouver la même bouteille sous le nom de Botugal en lieu de Diplomatico.-c’est le même Ron- juste un litige de nom déposé.  »
    Le tout en fait, est de savoir ce que l’on boit.

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    • cyril dit :

      Bonjour Jean-Marie et merci de mettre ça ici 🙂
      les autres ron de la gamme sont quelque part sur le site tout comme les taux de sucres, mais oui ils ont la main -très- lourde… et le sucre viendrait vraisemblablement des fûts de Sherry (on imagine quelques dizaines de litres au fond des fûts et mélangés au rhum)

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  2. laurent dit :

    bonjour Cyril

    Tu as bien du courage pour te lancer encore dans des dégustations de ce genre ! ^^

    Leurs nouvelles étiquettes font preuve d’une maîtrise absolue du marketing, c’est assez désespérant. A presque 60€ la bouteille de Toplexil vieilli 4 et 6 ans, les affaires vont bien marcher…

    Sais-tu où on est est au niveau de l’application des lois ? J’avais bien signé la pétition à ce sujet mais nous savons tous que ce genre d’action a généralement un effet très modeste. Tu penses qu’il y a une chance pour que dans un futur proche il y aura vraiment la composition sur les étiquettes, ou la mention « boisson à base de rhum » ??

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    • cyril dit :

      Hello Laurent
      ils sont en effet bien habitués à ce genre de marketing.
      Pour ce qui est du niveau d’application des lois, rien de bien rassurant pour le consommateur puisqu’on devrait voir arriver un quota de sucre autorisé (sic), et des étiquettes -enfin- plus détaillées (avec valeur nutritionnelle). wait & see

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  3. Pascal dit :

    J’ai fait la découverte de ces diplo 1 et 2 lors d’une soirée dégustation (Dugas). Malgré toute la bonne volonté de notre maître de cérémonie, il a bien été difficile pour nous d’apprécier ces rons sirupeux même il faut reconnaître pour ces derniers nés un peu plus de subtilité.

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    • cyril dit :

      Bonjour Pascal et merci pour ce retour. Les fûts de Sherry n’y sont sans doute pas pour rien j’imagine.. des fûts que l’on peut même imaginer encore bien imprégnés…

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